Chαpitre 5o . V.Hugo . _________« Je pαrtirαi . Vois-tu, je sαis que tu m`αttends . »

Chαpitre 5o . V.Hugo . _________« Je pαrtirαi . Vois-tu, je sαis que tu m`αttends . »
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« Fαut-il pαrtir ? Rester ?
Si tu peux rester, reste ;
Pαrs, s`il le fαut . »

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Charles Baudelaire

C`était le début de la fin, et ils ne le savaient pas encore . L`année deux milles huit venait d`ouvrir ses ailes, année chargée de promesses . Et de projets .

Se cogner tout droit .


Le réveillon de la Saint Sylvestre est loin déjà, deux semaines se sont écoulées depuis . Le bonheur est là . Celui à sept lettres, sans mensonge ni artifice . A un tel point qu`ils en ont oublié qu`il est éphémère & n`est que privilège . Jusqu`à croire qu`il fait partie intégrante de leur vie, de leur quotidien, qu`il leur est acquis .
Ils avaient oublié leur passé, les obstacles qu`ils avaient franchi; ils vivaient dans leur bulle d`amour, celle où de là-haut tout paraît idyllique . Où on abaisse les masques et où on enlève les carapaces . Où on suit son c½ur, jusqu`à oublier de le protéger . Où on incline la tête pour se susurrer des mots doux, où on continue ainsi de vivre tête baissée . Ils ne voyaient que par l`un et l`autre, jusqu'à oublier qu`il y avait une vie, au dehors .



Son regard erre d'objets en objets, de visages en visages, la pièce tourne et le verre qu`elle tient de sa main gauche menace de tomber. Elle imagine déjà les éclats de verre s'éparpiller sur le sol. La chute . Les têtes se tourner vers elle, la juger, la toiser . La juger, la toiser . Les gens ne font que ça . La juger, juger, juger . Ange la pute, Ange la scandaleuse, Ange la frivole, Ange la débauche même . Mais a t-elle donc un c½ur? Mais qu`est ce qui lui a prit de t'aimer?________ Mais t'aime t-il seulement?

Le décor change . Ce n'est plus le salon, mais la cuisine . De là il l`observe . Sa main est posée contre l'embrasure de la porte, il trempe ses lèvres dans le liquide alcoolisé . Noyer ses soucis . Noyer son passé . Noyer son image . Et pourtant ses yeux sont rivés sur elle . Sa crinière rousse, ses jambes fines à peine couvertes par sa robe de laine et ses collants zébrés . Il boit, le liquide est fort, brûle l`intérieur de son corps, comme s'il le nettoyait . Il a essayé de l'effacer de sa mémoire, de la rayer de sa vie . De tourner la page . Mais son image le hante . Jour et nuits . Surtout les nuits . Mais il a ouvert les yeux: il est inconcevable qu`il puisse la faire changer .

Le DJ change de musique: il a troqué le son electro contre un latino . Les corps se déhanchent . Les gestes se font lents, séducteurs . Il passe sa main sur son visage: ses yeux sont fatigués . Fatigués des jours passés, fatigués des nuits blanches ou trop courtes, fatigués d`aller de pays en pays . Il sait qu`Ange va mal . Il le sent, le devine . Il n`ira pas la voir . Il s`est fait une raison . Bill vient d'embrasser Olivia . Celle ci rit aux éclats, la tête en arrière, ses cheveux brillent tel un soleil . Son soleil . Voila ce qu`elle est sa Olivia . & Ange? Elle est son ombre . Celle qui le fait changer .

-Mais c`est finit tout ça . Murmure t-il pour lui même .

Une main effleure son épaule, il se retourne . Des cheveux roux, des yeux bleus, des tâches de rousseur . Mais ce n`est pas elle . Un peu trop plate, sèche, des yeux assez peu expressifs, des cheveux un peu trop couleur carotte pour être son Ange . Mais il l`écoute . Elle parle, parle . Il ne se souvient pas de l'avoir invité ici . Peut-être est-ce Andréas qui l'a fait venir . Ou Georg . Oui Georg, c'est sûrement ça .

Elle ne parle plus maintenant, puisqu'il l'embrasse . Il ferme les yeux, passe les mains dans ses cheveux. Peut-être qu'avec un peu de concentration il pourrait imaginer une crinière plus volumineuse, une peau plus douce au toucher, un piercing à la langue . Peut-être qu'il pourra imaginer l`embrasser elle, Ange, à la place de cette fille... comment s`appelle t-elle déjà?

*

-Tom a l`air bien occupé... Fait remarquer Olivia à Bill, sa tête contre son épaule .
-Je t'avais dit que Ange ne ferait pas long feu .
-Tu penses vraiment ce que tu dis?
-Je sais pas... il a l'air si perdu . Confie t-il, l'air penaud . Normalement je peux lire dans ses pensées, mais là c'est le brouillard .
-Sans doute parce que lui même ne sait pas la nature de ses sentiments...
-Ouais ... tu as parlé à Ange?

Non, elle ne lui a pas parlé . Olivia ne jugera jamais Ange, mais elle n'est pas d'accord avec sa manière d'être . Son absence de morale, de principe . Mais elle s'y attache peu, elle sait qu'elle doit creuser davantage, car sous cette carapace Ange cache bien plus qu'on peut croire . Bien plus qu'une "pute peu intelligente juste bonne au lit" . Bien plus que l'apparence qu'elle donne . Bien plus que ça, oui .

*


-Je viens de prendre conscience de la médiocrité de cette vie qu`est la mienne. Le plus grave c`est que je n'ai ni le courage, ni l'envie de changer . Tu comprends ça? Demanda Ange à son nouvel ami .

Ce dernier hocha la tête, rajustant ses lunettes sur son nez aquilin . Il lui lança un regard admirateur et répondit:
-L`essentiel est d'en avoir conscience... Regarde hier encore j'étais un allemand mal dans ma peau et là je passe la soirée avec une créature délicieuse , il rougit et lui sourit timidement, dévoilant ses dents de lapin .

-Tu comprends, on a changé d'année ... j'ai soif de découvertes, d'aventure, de nouveauté! Poursuivit Ange sans relever sa remarque . (Elle était déjà gentille de lui adresser la parole, il ne pourrait pas au moins la laisser parler ? MERDE!) Et voilà que j'ai accepté d'accompagner Olivia à Hambourg pour la soirée des deux imbéciles de jumeaux alors que je savais très bien que je me ferai chier ! En plus de ça je suis même pas bourrée PUTAIN!

Elle souffla un peu pour reprendre sa respiration, et voyant que son nouvel ami - ou pas - allait reprendre la parole elle enchaîna:
-Et regarde le ! Il lui dévore la bouche c'est pas possible! Mon dieu qu'elle a l'air d'embrasser mal ! Ah, je me déteste lorsque je parle comme ça, on pourrait croire que je suis jalouse mais c`est juste que Tom a meilleur gout d'habitude...

Son nouvel ami se nomme Fred Mühet et a les yeux rivés lui aussi sur ce Tom Kaulitz . L`évidence est face à lui . Tom est beau, riche, célèbre, grand . Leur seul point commun est de faire partie de la "haute société allemande" sauf que Fred Mühet compte plus sur son Q.I que sur ses capacités physiques ou de popularité . Il avale difficilement sa salive, il sent un filet de sueur descendre le long de sa nuque, et essuie ses mains moites contre son costume Armani qui lui va trop grand . C'est toujours comme ça . Même les costume de grands créateurs lui vont trop grands . Ça énerve papa d'ailleurs . Il a beau avoir gagné le prix de Chimie de Berlin il y a deux jours, personne n'y a fait attention . Ils ne voient que ses cheveux gras et ce fameux costume trop grand qu'il porte . Mais ce soir c'est différent . LE grand jour est enfin arrivé . Il le sent, l'ombre va laisser place à la lumière . Il a volé la vedette à ce fameux Tom Kaulitz, chez lui de surcroît! Il s'empêche de ricaner de jubilation en s`imaginant Tom hurlant de désespoir lorsqu`il embrassera son ex copine, Ange . Il se frotte les mains et lance un regard à la dérobé vers elle : n`est-elle pas magnifique? Il n'arrive pas à le croire . Elle passe la soirée avec lui seul . C'est à lui qu'elle confie ses craintes et ses doutes, à lui qu'elle parle, avec lui qu'il passe la soirée . Peut-être pourra t-il l'inviter chez lui tout à l`heure et lui montrer son trophée du concours de chimie? S'interroge t-il, suant de plus de plus .

-Ange, commence t-il avec peine, ma colombe... que tu dis de m'accompagner après la soirée chez, chez m... moi?
-Attends, Bred... c'est moi ou Olivia parle à cette ignoble fille que Tom embrassait il y a quelques secondes? comment peut-elle fraterniser ainsi avec l'ennemi?
-C'est Fred mon prénom, mais que dirais tu ma belle de ...
-Ted, je te confie mon verre, ok?

Elle passe ses cheveux derrière ses oreilles et pince ses lèvres de colère . Elle va rattraper le temps perdu, tout de suite . Mαintenαnt .

*

Le temps est suspendu . Elle pose une main sur le mur, là où il est adossé avec son machin qui lui sert de copine-de-soirée . Il ne lève pas les yeux vers elle mais elle sait qu'il a sentit sa présence à ses côtés. Allez Tom, regarde moi bordel . Laisse moi me fondre dans ton regard, laisse moi lire en toi, laisse moi m'ouvrir un peu plus . Laisse moi devenir une autre, une gentille fille, tu sais celle qui ne couche pas avec n'importe qui et qui a des bonnes notes à l'école et dont les parents sont fiers . Comme s'il avait deviné le fond de ses pensées, il cesse de fixer le sol et lève ses yeux: elle lui sourit . Il ne lui répond pas, au contraire, il passe sa main sur le cou de l'autre, accrochée à son bras .

Ange avale une gorgée d'air pour se donner du courage et ne le quittant pas des yeux se place devant lui, à quelques centimètres de son visage:
-Etre quelqu'un de bien, c`est dur . J`αi pαs l`habitude . Ah oui çα j'en ai fait des choses, j'ai tout essayé on va dire . Mais je peux tenter . Je peux y arriver . Devenir un vrai αnge .

I hαve lost myself αgαin todαy .

Elle a tout donné dans ses paroles: la conviction, l'ambition, l'assurance . Elle a ignoré la musique qui tapait dans ses oreilles, la pimbêche qui la dévisageait de façon hautaine, l'envie de lui lancer une réplique cinglante, les gens qui étaient autour d`elle . Pour elle le temps était figé, seul Tom était là face elle, le reste était si dérisoire, de simples pantins gesticulant dans un univers qui se confondait au sien . Her new gαme .

Tom sent son c½ur s`accélèrer, battre si fort contre sa poitrine qu'il craint qu'il va le lâcher . Il ne sait pas ce qui se passe, une migraine envahit sa tête, son c½ur, sa vie toute entière .

Une seconde, deux secondes, trois secondes .

-Je suis malade . Je suis perdu, je ne me reconnais plus . Alors laisse moi être moi même, un beau connard avec les filles . Je veux redevenir celui que j`étais alors je continue dans ce rôle que l'on m'a attribué: non Ange je n'ai pas envie de parler de ça avec toi ce soir . Alors bonne soirée .

Il lui tourne le dos et embrasse sa chose à ses côtés, à quelques centimètres de Ange, qui a les yeux exorbités et sent le sang quitter son visage . ________________ Le détruire, le tuer .


« Tα fierté α bâti un mur, si solide,
Que je ne peux pαs pαsser à trαvers . »
(Scorpions.)

*

Lendemαin mαtin .

Le coude posé sur la table de la cuisine, la tête tenue par sa main droite, Olivia mâche depuis dix secondes maintenant ses céréales au chocolat, le regard perdu dans le vide . Georg lui fait signe de lui passer le lait, qu'elle fait glisser sur sa droite d'un geste lent . Bill, les yeux figés sur l`écran de la télévision remue son café d'un geste machinal, sans se rendre compte que sa tasse est à présent vide .

-BONJOUR TOUT LE MONDE !

Tous sursautent, sortant de leur torpeur matinale .

-Bien dormis? Demande joyeusement Tom en s'asseyant à leur côté sur un tabouret . Mmm des croissants tout chauds ! Tu en veux chérie?
-Non merci... Murmure timidement la dénommée "chérie", soit sa-copine-d'un-soir-qui-ne-fera-pas-long-feu .
-Assieds toi... tu veux quoi pour le petit-déjeuner chérie?
-Heu juste un verre de jus d'orange...
-C'est comme si c'était fait!

Il se lève d'un seul coup et ouvre le réfrigérateur, tout en sifflotant un air joyeux .
-Mon dieu quelle migraine...Olivia passe moi un doliprane , là dans le panier sur ta droite...
-Hein? Répond celle ci levant ses yeux fatigués vers Bill .
-Les doliprane ...
-C'est trop loin vas-y toi...
-Mais c`est derrière toi!
-Fais pas chier... En tendant le bras je peux pas les attraper et je vais- elle s'interrompt pour bailler - devoir me lever pour les prendre ! Donc ça revient au même! Conclue t'elle en haussant les épaules et ignorant le regard noir que Bill lui lance .
-Olivia je...
-Tiens tes medocs à la con! Lui dit Ange en lui balançant la boite à la figure . Pfff ce que vous êtes pénibles tous les deux .
-Oh c'est bon Ange hein ...
-De quoi c'est bon?
-Georg, passe moi la télécommande, histoire que j'augmente le son de la télé pour plus avoir à les entendre...

Ce que ce dernier fait . Il en profite pour piquer le beurre des mains de Bill, et se tartiner un dixième petit pain . Même si c`est le dernier qu'il mange, il devra aller courir après, pour éliminer tout ce gras, pense t-il en grommelant .
-Georg, pourquoi tu grognes? Ricane Tom. Ah oui j'oubliais, tu as des gênes de yéti... hahaha.

Oivia et Ange échangent un regard qui en veut dire long et soupirent devant l'humour de Tom . Sa "chérie" du jour esquisse un sourire gêné, comme si elle se demandait dans quelle maison de fou elle était tombée .

-Ollie, à quel heure est votre avion pour Paris déjà?
-19 heures .
-Je vous emmènerai en voiture alors à l'aéroport...
-Non non je préfère que ce soit Gustav, je souhaite arriver en vie là bas...
-Ahah très drôle .
-Question humour tu peux parler !
-Arrête écrevisse, sinon je raconte à tout le monde ce que j'ai entendu à six heures du matin... menace Tom un sourire malicieux aux lèvres .

Olivia rougit instantanément et lance un appel à l'aide silencieux à Bill, qui fait mine de rien voir .
-Tu portes bien ton surnom, t'es rouge comme une pivoine.. ça se dit au moins cette expression?
-Pfff mon dieu mais t'as pas inventé la lune toi décidément! S'exclame Ange en roulant de yeux .
-Mais parle pour toi!
-Hein? Le roi des idiots critique mes capacités intellectuelles ou j'ai rêvé?
-Arrête Ange à part coucher à gauche et à droite tu sais faire quoi ?

Cette derrière se lève d'un seul coup, les poings crispés de fureur:
-Non mais voila que celui qui a passé la nuit a baiser sa nouvelle proie me fait la morale, un comble! Va utiliser ta main droite sous la douche un bon coup ça te calmera ! Sur ce elle tourne les talons en prenant bien soin de claquer la porte derrière elle .

-Et ben ça rigole pas... fait remarquer inutilement Georg, qui tient à la main depuis le début de la dispute le même petit pain sans l'avoir touché .
-Je vais la tuer ! S'exclame Tom en reposant sa tasse brutalement sur la table . Il se lève et claque la porte derrière lui à son tour .

Le silence se fait, personne n'osant le rompre . Bill saisit un magasine et le pose sur ses genoux, entamant sa lecture comme si rien ne c'était passé . Olivia se lève et pose son bol dans l'évier, Gustav s'allonge sur le canapé en regardant la chaîne des clip, Georg ajoute de la confiture sur sa onzième tartine (la dernière) . Seule une personne n'a pas bougé et a toujours les yeux exorbités de surprise suite à la scène qui vient de se dérouler . Elle rompt enfin le silence, et demande d'une voix geignarde :

-Dîtes moi je me demandais... "la nouvelle proie de Tom" dont la fille rousse a parlé c`est moi?

Olivia se retourne, les sourcils levés . Bill cesse sa lecture et s'empêche d'éclater de rire . Georg arrête de mâcher sa douzième tartine . Gustav ne bouge pas d'un poil .

Sans commentaire .

*

-T`es jalouse où je rêve? S`exclame Tom en fermant d'un coup de pied la porte de la salle de bain derrière lui .
-Quoi moi JALOUSE? J`ignore ce que signifie ce mot mon cher !
-Ah ouais?Parce-que ta petite scène que tu viens de me faire ça m`a tout l'air d`une crise de jalousie MA CHÈRE! Il fait un pas vers elle .
-T'avais qu'à pas me traiter de pute !
-Et toi d'idiot! S'insurge Tom, le visage de plus en plus rouge de colère .


Ange croise ses bras et change totalement d'expression:
-Ah bon? Et bien, c`est la vérité, non?
-Tu sais ce qu'il te dit l'idiot, hein? ll s`avance davantage d'elle d'un air menaçant approchant son visage du sien, ses yeux lançant des éclairs .
-Non il me dit quoi l'idiot, j'aimerais bien le savoir! Poursuit Ange sur le même ton, ne baissant pas les yeux et affichant la même expression provocatrice .
-IL TE DIT QUE... Il s`arrête d'un seul coup et cligne des yeux d'un air étonné: Et puis MERDE!

Et sans appel il saisit Ange par la hanche et colle son corps contre le sien, sa bouche allant chercher la sienne, lui donnant un baiser brutal, passionné et doux à la fois .

-Et bien ça alors... murmure Ange mettant fin au baiser . Elle lève les yeux vers lui: il est si grand.

Tom prend un air penaud, et sourit presque timidement . Il effleure de son index la joue droite d`Ange et dessine ses tâches de rousseur du bout des doigts,en retenant son souffle .
-L`idiot il est en train de faire une chose bien idiote... dit-il d'une voix rauque, sentant l'excitation l`envahir.
-Ah oui? Souffle Ange tout en se débarrassant de ses ballerines .
-Oui... quelque chose de très idiot... Il l`embrasse et abaisse son jean . Très idiot . Il ferme les yeux, Ange soulève son tee-shirt et déposer une multitude de baiser sur son torse. A tâtons, il cherche de sa main gauche la serrure derrière lui qu `il tourne vers la gauche .

-Le meilleur des idiots alors, chuchote Ange dans son oreille, lui mordillant le lobe .


_London .Vingt-six Janvier deux milles huit . __


_________ Il fait froid, il fait gris, et je suis seule .

-Tu veux boire quelque chose? ________________ Enfin, pas tout à fait .

Mes yeux se détachent du paysage que j`observais à travers la baie vitrée pour se poser sur lui . Alexandre . Allongé de tout son long sur l`immense lit, les bras croisés derrière la tête, un cigare se consumant dans sa bouche, il incarne la suffisance même . Mes yeux se détournent de lui et mon silence fait guise de réponse .
Je dérive avec émerveillement dans ce décor raffiné en l`effleurant de mes mains glacées .


_______ -C`est somptueux ici .
_______ -Humph, d'un banalité affligeante plutôt! Crois moi, tu dis ça car tu n'as pas l`habitude de fréquenter des hôtels de luxe .
_______ -Sûrement ._______ Si tu savais .

_________ Il pleut . Tu n`es pas là . Je peux imaginer facilement les passants s`abriter sous leurs parapluies, le vent lever leurs chevelures, les goutter s`écraser sur le sol .
Mais j`ai du mal à t`imaginer, toi .
Ce que tu fais, où tu es, si tu penses à moi comme je pense à toi . Alexandre se lève tout à coup, fait craquer ses doigts, et s'installe devant le piano à queue, de noir vernis . Il entame un morceau de Beethoven . Je ferme les yeux, m`imprégnant de la mélodie envoutante, laissant mes pensées voler à des kilomètres de là .__________...____ Jusqu`à Cannes .

*

C`est la panique totale, les fans sont trop nombreux, incontrôlables . Bill a presque peur de la marée humaine qui se trouve face à lui . Ils se trouvent à Cannes, pour la remise des prix des NRJ Music Awards 2oo8, à la sortie de leur hôtel, ou plutôt palace . Puis, comme au ralentit, il voit la barrière centrale qui se trouve face à lui esquisser un mouvement vers l`avant, trembler, grincer, puis tomber len-te-ment . Il la voit s`avachir vers lui, il voit les yeux effarés de la jeune fille qui se trouve compressée contre la barrière, entrainée avec elle dans sa chute, le souffle coupé, le corps compressé . Il a l`impression d`être déconnecté de la réalité: il sait que la scène qui se déroule devant ses yeux ne dure qu'une poignée de secondes mais il a l'impression que c`est une éternité . Comme pour lui rappeler combien il est vulnérable et impuissant . Il tend sans se rendre vraiment compte ce qu'il fait sa main à la jeune fille pour l'aider à amortir sa chute, pour la retenir, mais il sent une main de fer l'empoigner par le flanc et l'entraîner vers le van noir .

La porte coulisse, le claquement est sec . Il reste là, les yeux dans le vide, entendant les battements de c½ur de son jumeau comme si c'était les siens, décuplés .

Ils désiraient juste signer quelques autographes .

*


-Gardez la monnaie .
-Merci, sir .

Après être à son tour sortit du taxi noir, Alexandre saisit son parapluie noir, et l'ouvre d'un coup sec tout en me lançant un regard à la dérobé .

-Prends garde de ne pas glisser .
-Mais oui ..

Nous étions passés par Kensington, et fait une halte à Hyde park, où j`étais allée acheter plusieurs journaux et magasines dans un Kiosque . Euphorie devant les célèbres cabines téléphoniques ou les bus à deux étages rouges, euphorie lorsque j`apercevais le Big Ben .

_____Tu verras, on va bien s`amuser !
_____Je croyais que tu étais anti-social?
_____Qui t `as dit ça?
_____Sur le bateau en Grèce...
_____Il ne faut pas écouter tout ce que l'on dit, Olive .

Je vais t`en faire bouffer des olives tu vas pas comprendre .

*

Je montai à ses cotés les escaliers en colimaçon menant au deuxième étage d'une résidence d'époque victorienne .
J`entendis Alexandre donner son nom au garçon de chambre qui ne vérifia même pas sur la liste . La porte ouverte, je me trouvai devant un salon rempli d'une vingtaine de personnes accaparée par toutes sortes d'occupations diverses .

______ -Viens je vais te présenter à la maîtresse des lieux !

Il attrapa ma main pour me guider parmi les invités, mais je saisis la première occasion pour rompre ce contact physique, si futile soit-il .

______ -Elizabeth, permets moi de te présenter une amie à moi à qui j'ai fait l'honneur de venir participer à tes célèbres cocktails ...
______ -Alexandre enfin ! Cessez cette flatterie ... Elle laissa échapper un léger rire et me tendit la main. Sa bouche souriait mais ses yeux demeuraient froids et distants . Enchantée... en qui ai-je l`honneur?
______ -Olivia, je viens de France...
______ -La FRANCE! This country est absolument FABULOUS! Alexandre mon ami, comment avez vous connu cette adorable française?
______ -Au cours d`un voyage à Paris ma chère... Tu sais combien je suis attiré par les mannequins de toute beauté...
______ -Bien sur que je le sais... elle gloussa et papillonna des cils . Puis sur le ton de la confidence: par expérience . Le grand amour, alors?
______ -Je n'irai pas jusque là... mais disons que ça avance lentement...
______ -... mais sûrement, compléta Alexandre .
______ -Oh vous faîtes les timides, elle tapota le nez de ce dernier . Un couple comme je les aime ! Bon mes chers, je dois aller accueillir les autres invités . Elle caressa la joue d`Alexandre et me détailla de haut: Ravie de vous avoir rencontré, j`espère que votre relation durera davantage qu'avec les précédentes conquètes d`Alexandre, il est tellement convoité...
______ -Je ne le laisserai pas s`échapper, soyez en sure . Je laissai échapper un léger rire, tout en posant une main sur l`épaule de ce dernier .

______ La femme tourna les talons, et Alexandre et moi nous regardâmes .

______ -Ahahah... c`était PAR-FAIT!
______ -...
______ -Mais n'en fait pas trop quand même...
______ -T`inquiète pas pour ça .

Il éclata de rire et je m`empressai de reprendre mes distances avec lui . Je répliquai d'un ton froid:
- A l`heure qu'il est, cette Elizabeth doit être en train de raconter à qui veut l'entendre que le fameux Alexandre Wilson s'est trouvé une petite-amie ...
-.... et qu'il mérite tellement mieux et qu'elles ne comprennent pas pourquoi il n'a pas prit une anglaise de bonne famille ... Il haussa le ton: il me semble que mon père t'avait précisé dans le contrat que tu étais anglaise, et non pas française?
-Avec mon accent tu crois vraiment que les gens avaleraient ça? Déjà que c'est difficile de faire croire que je puisse envisager une seule seconde d'être ta petite amie, alors si en plus je devais ressembler à une anglaise, non merci...
-C`est le rôle d'une actrice: rentrer dans la peau du personnage .
-Ok ok... j'ai oublié, ça te va? Et je croyais que tu faisais ce rôle à contrec½ur et que tu avais juste accepté pour ne pas que ton père te déshérite... et voila que subitement tu t'inquiètes d'un détail...
-Ce n'est PAS un détail! Et sache que mon père ne m'aurait en aucun cas déshérité, il a juste fait ça pour donner un peu de piment à sa requête... si j'ai accepté c'est pour une toute autre raison ...
-Laquelle?

Un sourire malicieux broda ses lèvres et ses yeux brillèrent:
-Ah ma belle si tu savais...


*

I`m small, I`m falling.



Et le temps passe si lentement . Je n`écoute pas ce que l`on me dit, les lèvres bougent juste, aucun son n'en sort . J`ai envie de tout plaquer . Quitter ce brunch . M`envoler loin de Londres, loin d`Alexandre et être à tes côtés . J`ai besoin de toi . Il n`y a qu`à tes côtés que le masque reste baissé. Que je ne joue que mon propre rôle . Le mien, le vrai, le sincère . Que les rideaux ne sont pas levés. Que je suis moi même . Il n'y a qu`avec toi que mes yeux brillent ainsi, que mon rire est sincère, que ma peau tremble juste par ton contact . Que mon c½ur s'emballe au son de ta voix. Et le temps passe si lentement . L`aiguille du temps est un véritable supplice à regarder .

Oui Monsieur Wilson est très charmαnt bien sur non merci je n'αi plus fαim Alexαndre ne me donne pαs ce coup de pied sous lα tαble tu crois qu'ils te ne voient pαs mαis j'αi bien vu le regαrd noir de ton père _Attends moi Alexαndre ne me lαisse pαs avec tous ces gens ils sont si snob mais pourquoi me regαrdes tu méchamment j`αi dit quelque chose de mαl désolée tu veux en parler lαisse moi m'αssoir à côté de toi je vois bien que çα vα pαs-_-que tu vas mαl que quelque chose te tracasse pourquoi mets tu ta tête dαns tes mαins alors hein Et pourquoi cet αir si triste raconte moi j'attendrai le temps qu'il faudra Oh je ne m'attendais pas à ça vraiment je m'excuse d'αvoir été si peu sympathique mais αvoue que tu t'es bien joué de moi c'est fou comme des personnes si présentables cαchent bien leur jeu_-αvec sα cαnne il te frαppαit ton père jamais je n'αurαis pensé çα Toi et tα soeur c`est αffreux Et tα mère fermαit les yeux et remplaçαit l`αffection αvec l'αrgent je te comprends comment tu αs dû souffrir non je ne remue pαs le couteαu dαns lα plαie j`essαie juste de t'αider enfin c'est sur que je n'αi pαs eu lα même vie moi j'αurαis fui à tα plαce pourquoi n'αs tu pαs fαit pareil Alexαndre hein Réponds moi tu m`inquiètes Joue moi un morceαu de piαno non pαs un αussi triste joue un moi un αir gαi mon dieu qu`est ce que c'est beαu j`ai l'impression que la musique m'emporte loin très loin Enfin ne dis pas ça voyons Mon dieu qu'est ce que tu cαches bien tes sentiments et tes émotions pire que moi tu vis continuellement avec ce mαsque tu te souviens sur le bαteαu en Grèce tu m'αs dit αdorer te déguiser pour te libérer c'est comme çα que tu αs combαttu la dépression Oh ne dis pαs çα je suis sure que les αntidépresseurs n`ont pαs tout fαit Oui je comprends l'équitαtion c'est sur que c`est un moyen de s'échαpper de la réαlité Moi ce qui me permet de souffler je ne sαis pαs je te répondrai le fαit d'avoir réαlisé mes rêves d`αvoir αtteint mon but principαl Tu sαis je ne vois plus mα fαmille je n`en pαrle jαmαis même pαs à mon petit-αmi oui j'αi un petit-αmi je ne te l'avais pas dit Donc je te disαis j'αi quitté le sud de la France dès mes dix-huit ans sαns rien sur le dos juste l'espoir et mes rêves et j'ai réussis grâce à Thomαs mon patron et mαintenαnt j'αi toujours peur de me réveiller et me rendre compte que ce n'étαit qu'un rêve que rien n`αvαit jαmαis existé tu comprends ce bonheur je n`αi pαs lα sensαtion de le mériter je sαis enfin ce qu'est qu'être heureuse et là regαrde çα me fαit trembler oh toi αussi tα mαin tremble pose tα tête sur mon épαule oh toi αussi tu ne pleures que très rαrement je comprends tu pleures de l'intérieur _-pαsse moi une cigαrette oh non ne fume pαs un cigαre çα pue et puis c'est très snob Pαrdon je ne voulαis pαs dire çα Alexαndre ne dis pαs que je te compαre à ton père ce n'est pas vrαi Tu sais je veux bien jouer tα petite αmie pour le prochαin repαs αvec le client de ton père finalement oui je sαis j'αvαis dit non mαis finαlement j'αccepte tu es moins pire que je pensαis ne t`énerve pαs Alexandre reviens je ne pensαis pαs que tu le prendrαis comme çα attends mon petit αmi vient de m'envoyer un message Non je ne te parlerαi pas de lui retire çα immédiatement pourquoi es tu αussi grossier il s'αppelle il s`αppelle non je ne te le dirαi pαs finαlement peut-être lorsque j'αurai entièrement confiαnce en toi Ce soir je veux bien sortir αvec toi à ta soirée mαis j'espère que les gens seront pαs aussi snob que cet après-midi oh arrête j'espère quαnd même pαs que tu vαs le fαire JURE tu αs déjà couché dαns des toilettes ah moi non jαmαis c'est trop sαle oh vαs-y trαite moi de frigide tαnt que tu y es mαis je t'emmerde non mes yeux ne sont pαs tristes c'est juste que Londres me rend mélαncolique la Frαnce me mαnque IL me mαnque bon d'accord arrête de soupirer mais non je ne suis pas niaise et rance n'importe quoi toi tu n'es qu`un goujαt bon αttends moi,

j`αrrive .


*
Charles Baudelaire
Fαut-il pαrtir ?_Rester ?_Si tu peux rester,reste ;_Pαrs, s`il le fαut .


___________

(Dîtes moi les fautes d'orthographe ou de frappe que j'ai pu faire svp T_T)
5oème chapitres, déjà . Comment j'ai pu écrire autant pendant tout ce temps? Des lignes et des lignes, de visites en visites.. MERCI.
Je vais de ce pas prévenir les gens en tout cas : )
Nombreux me posent la question: non je n'ai pas supprimé des articles, le nombre de pages a changé juste à cause de l`option Skyblog, qui augmente le nombre de chapitres par pages.
Merci par avance pour vos commentaire, et j`espère bientôt franchir la barre des 15oo "favoris :$
(au passage... j`ai publié la Review de la Fanparty... article plus haut)

Pour le passage de la fin en monologue intérieur : Flou à lire, car flou de l`esprit . Flux de pensées .

& sinon: ce n`est pas que je prends MOINS de plaisir à écrire cette fiction qu`avant . Mais d`une manière différente .
J`ai commencé à écrire cette fiction à 16ans (2oo7),
aujourd`hui j`en ai 18 .
J`ai évolué, changé .
Mais je n`ai plus la même passion qui m`anime c`est sur lorsque j`écris puisque Tokio Hotel... voila quoi, c`est Tokio Hotel . Les hauts comme les bas . Surtout les bas .

# Posté le samedi 06 décembre 2008 13:36

Modifié le mardi 23 juin 2009 18:32

Chαpitre 51 . Kate morton.« Je veux sαvoir ce que celα fαit d`être chαngée pαr lα vie . Trαnsformée . Je refuse de pαsser mα vie à lire, jouer, fαire semblant . Je veux vivre . »

 Chαpitre 51 . Kate morton.« Je veux sαvoir ce que celα fαit d`être chαngée pαr lα vie . Trαnsformée . Je refuse de pαsser mα vie à lire, jouer, fαire semblant . Je veux vivre . »
Olivia .



On veut tous αccéder αu Bonheur, le vrαi, l`unique, l`insαisissαble . Celui qui n`αrrive qu`αux αutres . Je voulαis fαire pαrtie de ces ` αutres` . Connaître mon A mαjuscule . Le A du grαnd Amour, pas le α minuscule . Il αvαit ce quelque chose, je ne sαis pas quoi, mαis je sαvαis que c`était lui que je voulαis . Que je l`αvαis trouvé . « LE » gαrçon . __ Lorsqu`on est αmoureux, on α toujours cette prétention de croire que notre αmour est unique . Je pensαis que lui et moi étions différent des αutres . Qu`il étαit celui qui αllαit trαnsformer « je » en « nous » . Celui qui αllαit me fαire oublier qu`un jour on devrαit prendre des destinαtions périlleuses, grαndir, mourir, celui qui αllαit m`offrir d`αutres horizons . Celui pour qui demαin rimerait avec Eternité . Celui αvec qui je suivrαi les étoiles s`il le fαut, me fondrαi dαns le ciel, celui αvec qui je prendrαi le chemin peu importe où il nous emmenerαit . Pαrce-que je serαi avec lui, que je ne serαi plus seule, mαis que nous serions deux .

*

-Bill dépêche toi, on devrait être partis depuis déjà dix minutes!
-Je suis presque prêt, c'est bon, répondit-il en observant son reflet dans la glace .
-J`ai eu le temps de me doucher, me maquiller, me coiffer, m`habiller, me parfumer que toi tu es en train de choisir ton collier ! Tu es pire qu`une fille!

Au même moment Tom rentra dans la chambre:
-Les cocos il faut y aller le taxi commence à s`impatienter !
-C`est bon Bill, murmurai-je dans son oreille, tu sais que tu es beau pas la peine d`en faire des tonnes .
-Tu as raison, soupira t-il en me souriant . Attends, je règle deux trois détails dans ma coiffure et j'arrive.

Je poussai un soupir, excédée et croisai le regard complice de Tom .
-Dis tu penses qu`il y a des risques pour que chez Ange des invités nous reconnaissent, prennent des photos compromettantes et les vendent au journalistes?
-Qu`est ce que j`en sais... soupirai-je . Tom, tant que tu ne bois, ne fume pas trop, tant que tu n`embrasses pas de filles ou couche avec n'importe qui, n'importe où, n`importe quand, il n`y aura pas de problème ...
-Ecrevisse, tu parles d`une fête ou de l`inauguration d`un couvent?

Ce à quoi je rétorquai par un coup de coude dans ses côtes, ponctué de nos deux rires très vite interrompus par l`arrivée de Bill:
-Allez c`est parti pour qu`on aille faire la fête! Cria t-il en sautillant presque .
-A quoi est dû cet optimisme soudain?
-Et bien, la dernière fois que j'ai vu Adam c'était cet été et maintenant c`est moi qui sors avec toi, pas lui ... Il ricana en m`observant comme si j`étais un quelconque trophée .
-Pffff, laisse tomber .
-Mais Ollie !
-On y va Tom.

*


A l`entrée du bâtiment un videur vérifiait sur les listes les noms des invités, une foule de personnes était attroupée devant . La musique d`Akon s`échappait des fenêtres, j`observai la scène de mes yeux ébahis sentant l`adrénaline m`envahir petit à petit . Une superbe fille métisse exerçait un déhanché endiablé du haut du balcon du deuxième étage et se faisait acclamer par des garçons sur le trottoir d'en face, buvant du champagne à la bouteille même et s'essuyant avec la manche de leurs costumes fait sur mesure .

-Et ben ça alors, lâcha Tom la bouche ouverte, lorgnant toutes les filles en robes de soirée . C'est ça qu'Ange appelle une "soirée tranquille"?
-On s`en fout, rétorqua Bill en crachant un nuage de fumée . Let`s go !

Une fois les escaliers montés, j`hésitai à rentrer dans la salle principale . La porte était ouverte, les gens entraient et sortaient à leur guise, je restai hésitante devant .
-Mais allez Ollie rentre, fais comme chez toi ! Bill prit ma main et m`entraîna dans la foule, me guidant à travers .

L`appartement de Adam et Ange était méconnaissable: le DJ était installé aux platines au fond du salon, les bibelots avaient été enlevés, une fumée s`élevait au dessus des personnes présentes . Probablement d`encens et de cigarettes . Passons le reste .

-Je vais chercher à boire, tu m`attends ici? Me demande Bill en pressant ma main .
-D`accord...

Mais je me rendis compte que debout, seule au milieu de toutes ces personnes en train de danser ou de discuter en groupe, je faisais un peu fille-sans-amie . Je décidai donc de m`éclipser vers un coin tranquille, ou de me poser contre un mur, croiser mes bras en faisant genre l`insociable ou sinon ...

-OLIVIA!!! A peine le temps de me retourner que je sentis un poids énorme sur mon dos: quelqu`un venait de me sauter dessus! Je sentis des bras encercler on cou et des baisers se poser sur mes joues .

Je me retournai: Adam et Ange, un grand sourire béat aux lèvres me tendaient chaleureusement les bras .
-Mais qui c'est qui est là... c`est Olivia, chantonna Adam en tapotant dans ses mains .
-Mais c`est qu`elle a l'air tristounet, il faudrait la réconforter, poursuivit Ange sur le même air en me pinçant les joues .

Je restai statique, les yeux grands ouverts . Les deux frères et s½urs éclatèrent de rire, se tapèrent dans la main et se retournèrent en même temps vers moi .
-Tiens O ça va te donner un coup de fouet, elle me tendit un verre, je le reniflai d`un air méfiant . T`inquiète pas, gloussa t-elle . Juste vodka-redbull!
-Ah ça me rassure, je me disais que t'allais probablement me mettre de la drogue, ou un truc comme ça, plaisantai-je .

Ça ne la fit pas rire . Dommage, nous n'avions pas le même humour . Adam passa ses mains sur mes épaules, et m`entraîna vers le milieu de la piste de danse improvisée, pour me "présenter à tous ces amis" .

*

-Versace?
-Mais non, gloussai-je .
-Dior?
-Marshall, tais toi un peu . Adam ébouriffa les cheveux de son ami et me proposa de tirer sur son joint, je déclinai l`invitation d'un signe de tête . Habituellement trois verres étaient suffisant pour me mettre dans l'ambiance festive , et Ange venait de trinquer avec moi notre quatrième, donc inutile de préciser que j`étais ab-so-lu-ment dans le bain .

Ah tu es là ! Je sentis une épaule se poser sur mon épaule, je me retournai: Bill .
-Ah, tiens regarde il y a Adam et Ange, lui montrai-je du doigt en souriant mais il me lança un regard furieux .
-Ça fait genre une éternité que je te cherche, t'étais passée où? Tiens! Il me tendit mon verre .
-Ah ben j'ai croisé Adam et il m'a présenté à quelques personnes.. c'est quoi ce truc que tu me tends?
-Mon dieu tu as bu?
-Ben juste un verre .
-Un?
-Bon deux, d'accord?
-Attends quand t'as ce sourire béat ça signifie généralement que t'es plutôt pompette .
-Bon trois, j'avoue .
-Et j'ai bu son quatrième à sa place, poursuivit Ange en me faisant un clin d`½il et en trinquant son verre contre celui de Bill . Allez amuse toi Billoute, bois un bon coup histoire de te dérider et viens danser .

Elle ébouriffa ses cheveux, souffla la fumée de son joint et se lécha la main sous mes yeux ébahis:
-Mais Ange tu fais quoi là?
-De quoi? Youyouh j'adore cette chanson!

Elle secoua ses épaules au rythme de la musique, leva ses bras et s`interrompit d`un seul coup mes yeux grands ouverts:
-Tooooooooooom!

Elle se précipita vers lui et passa ses bras autour du cou . Je me retournai, pour voir la réaction de Tom, mais problème: ce n'était pas lui .
-Ange qu`est ce que tu fais?

Elle cessa l'étreinte et me dévisagea:
-Ben quoi?

Je lui montrai du regard le garçon qu`elle venait d'enlacer, elle se retourna et éclata de rire :
-Ah merde, Frank! Désolé je t'ai confondu, ça doit être à cause de heu...

Elle l`observa de la tête aux pieds:

-... tes fringues . Tom ne sait pas s'habiller non plus .

Adam éclata de rire et passa son bras autour du cou de Bill, qui ne put s'empêcher d'esquisser une grimace de dégout:
-Allez les mecs, on va s'éclater!

Les minutes défilèrent, le flou s`empara de mon être, l`euphorie de même . Je sentais la peau de Bill sous mes doigts, nos deux corps de plus en plus près au rythme de la musique, ma main dans ses cheveux, son parfum enivrant mes sens, nos lèvres s'effleurer, et le désir monter en moi . Le son était si pur, que je ne pouvais quitter un seul instant mes pieds de la piste de danse, ou m`empêcher de bouger mon corps en fonction de la pulsation, de la montée du rythme au refrain des chansons Electro . L`effervescence de la salle montait en crescendo, l`alcool et autre y étaient sans doute pour quelque chose . Je crus reconnaître les dread blondes de Tom mêlées à une chevelure de feu, mais peut-être était-ce mon imagination qui me jouait des tours .

-J`arrête de boire, dis-je en repoussant le verre que Bill me tendait .
-Tu ne te sens pas bien? Il posa sa main sur ma hanche, m'arrachant un frisson . Tu veux qu'on aille prendre l'air? Il m`interrogea de ses grands yeux noirs, je répondis d'un signe de tête négatif .
-Non, c'est bon j'adore cette chanson . C'est juste que je commence à avoir des visions . J'ai genre vu Alexandre, tu sais celui avec qui je joue mon rôle en ce moment . Je sentis Bill se crisper, je gloussai . Comme s'il pouvait débarquer du Royaume-Uni dans une fête de personnes dont il n'a jamais entendu parler .

Bill ne riait pas lui . Je pinçai ses joues en rigolant
-Oh mais il boude le bébé où je rêve?
-Nan mais je n'arrive pas à croire que tu penses à lui alors que tu danses avec moi ... Et puis comme tu dis c'est complètement stupide, comme si ton Monsieur Alexandre était si important qu'il connaissait même la "jeunesse dorée parisienne" . Il se força à rire quelques secondes puis ses yeux se plissèrent .

Je me retournai pour comprendre ce changement de comportement .
-Olive !

Je rêvais . J'avais trop bu . Probablement une hallucination . Je pris la main de Bill et la pinçai .
-Aie!
-Olive tu vas bien?

Alexandre . ALEXANDRE! Alexandre qui était en train de me faire la bise ! Adam qui le rejoignait et lui tapotait l`épaule!
-Vous vous connaissez ? Demanda ce dernier .

Je pouvais voir leurs lèvres bouger mais je n'entendais plus, trop choquée pour faire quoique ce soit . Je vis Bill secouer la tête négativement , Alexandre lui serrer la main en se présentant, et les trois visages se retourner vers moi:
-Ah ben ça alors, réussis-je à articuler enfin . Si on appelle ça une surprise . Mais... mais Adam d'où tu connais Alexandre?

Ils s'échangèrent un regard complice:
-Disons que nos parents se connaissent et qu'on a quelques amies en commun . Ils rirent . Et le même penchant pour les Fashion week .
-Meilleur moment pour partir à la chasse, poursuivit Alexandre en frottant son menton muni d'une fossette . ______ Je devinai qu`il ne parlait pas d`animaux .

A & A . Alexandre & Adam . Le duo que je n'aurais jamais envisagé mais pourtant si ... logique . A les voir tous les deux avec leur visage d`Apollon, leur air décontracté dans leur superbe costumes, il était évident qu'ils faisaient partie du même monde .

*

La cuisine . Tête reposée dans mes mains . Envie de glousser pour un rien . Migraine qui s`annonce . Parfum d`Alexandre si fort qu`il caresse mes narines alors qu'il se trouve de l`autre côté de la table .

-Alors comme ça tu es le fameux Alexandre?
-Oui , Wilson . Et toi heu, Bill heu, le petit-ami de Olivia?
-Oui... affirma celui-ci d`un ton légèrement provocant . J`ai la chance d`être avec une fille comme elle...

Alexandre haussa les sourcils et m`interrogea du regard .
-C`est curieux elle ne m`a jamais parlé de toi ...

Je me trémoussai nerveusement sur ma chaise:
-Normal, c`est confidentiel, Bill est censé être célibataire vu sa célébrité...
-Ah oui tu es chanteur d`un groupe de Boys-band non? Tokyo Motel? Il toussota . Hotel pardon .
Adam laisse échapper un ricanement et Bill redressa fièrement le menton .
-Oui, Tokio Hotel, un groupe de rock allemand .
-Si tu appelles ça du Rock....Alexandre haussa les épaules et sortit une boite de cigares de sa poche .

Un αnge pαssα .

-De toute façon je parle, je parle mais bon je ne connais rien à la musique...

Je fronçai les sourcils: Alexandre faisait merveilleusement bien du piano . Conservatoire qu`il m`avait dit .

-Donc je ne peux pas donner un quelconque point de vie critique . Et puis Adam et moi on est plus du genre musique de bourrin... tu vois genre transe, electro, house... Le "Rock" ça ne nous connait pas trop, malheureusement on a pas la chance de faire danser des adolescentes ...

Je saisis enfin le sarcasme dans sa voix . Pardonnez moi l`alcool ralentit mes facultés intellectuelles . Je restais murée dans mon silence, attendant que Bill réagisse . Cela ne tarda pas à venir .

-Tu... tu peux parler mais déjà estime toi heureux de pouvoir m'approcher... normalement je ne parle pas aux personnes dans ton genre, tu comprends... Des milliers de personnes rêveraient d'être à ta place.

J`haussai les sourcils: Bill était décidément peu inspiré ce soir . Il ne devait pas avoir l`habitude qu'on s'oppose à lui, il faut dire qu'avec sa célébrité il a prit l'habitude qu'on dise "amen" aux moindres de ses exigences .

Alexandre sourit d'un air moqueur, se pencha, posa ses mains sur la table et approcha son visage à quelques centimètres de celui de Bill:
-Dis moi j`ai entendu dire que tu avais grandi dans la campagne du nord de l`Allemagne... et tu prends tes grands airs avec moi tout ça parce-que ton groupe commercial a marché? Ah ça oui des milliers de personnes révéraient être à ma place, et non pas pour les raisons que tu viens de citer . La différence entre toi et moi et que ton petit bonheur et ton illusion de supériorité va durer quoi, deux ans? Je suis généreux tu as vu, j'accorde encore deux ans d'avenir à ton petit groupe minable . Tandis que "ce genre de personne" telles que Adam et moi on est nés ainsi et ça va durer pour la vie .
-Pfffff... Laisse moi rire, tu es né avec une cuillère en or dans la bouche et tu en es fier? Tu n'as aucun mérite pour cela, nous contrairement à toi nous en sommes arrivés là par nous même, pas grâce à papa et maman .
-Mais mon cher, la différence est que pendant que toi tu jouais dans ta campagne profonde en rêvant d'une autre vie, nous cette vie là on l'avait déjà . Tous les artifices et maquillages que tu utilises ne cacheront jamais d`où tu viens .

-ÇA SUFFIT MAINTENANT! Je lançai un regard noir à Alexandre . Tu vas trop loin là! Ça va pas de parler comme ça? Tu crois que ta richesse fait de toi quelqu'un de supérieur? Toi qui critiquais ce milieu hypocrite de bourge dans lequel tu vivais tu ne vaux guère mieux !
-Mais Olive, je n`exprime que mon point de vue, je n`ai rien du tout contre ton ...
-Et je m`appelle Olivia! Compris?

Adam siffla en secouant sa main .

-J`hallucine ! Il est incapable de prendre sa défense donc tu le fais à sa place?
-Redis un mot et je démissionne, compris? Menaçai-je entre mes dents, le défiant du regard .
-Tu oserais?
-Je ferai n'importe quoi pour Bill, alors arrête de lui manquer de respect, c'est ridicule tu devrais utiliser ton intelligence à bon escient ! Et toi ! Je me tournai vers ce dernier: Fais quelque-chose un peu, pourquoi tu reste assis sans rien dire?

Bill leva enfin ses yeux fardés de noir vers moi . Il dit d`un ton sec avant de quitter la pièce:
-Parce-que ce genre de personne ne mérite même pas qu'on leur accorde de l`attention .

Ange .

« Elle dit qu'elle s`αppelle Ange, on α du mαl à le croire . »

Je pensαis qu`il s`αgissαit d'un jeu entre lui et moi. Mais j`αi eu tord . Cαr j`αi réellement senti une différence pαr rαpport αux αutres .

Tourner lα tête pour ne pas avoir à supporter son regard amoureux .
Sα façon de me regαrder droit dαns les yeux quαnd il est en moi .
D`embrasser chaque partie de mon corps comme s'il s'agissait d'un don du ciel .
De me souffler doucement dans la nuque lorsqu'il est allongé sur mon dos.
De me susurrer des mots doux à l'oreille pendant l'acte - chose qui me terrifie -
De rentrer dans ma tête et de deviner mes moindres désirs sans que je n'ai à les prononcer.
D`agir envers moi, tout simplement .
Avec moi, ton pαrαdis αurα un goût d`Enfer .

Je ne perds pas mes bonnes habitudes . Complètement bourrée, NOR-MAL . Parfois je me dis que je devrais me mettre à travailler au lycée, être une élève studieuse, arrêter de fumer, de boire, de coucher, de sortir avec n`importe qui . De me mettre en couple même .

La bonne blague .

Je zigzague, me rattrapant au premier truc qui me tombe sous la main: cheveux de fille, mur, épaule de garçon, verre, porte . Envie d`aller aux toilettes, pipi, pipi ...

-Yoh Ange, ramène toi!
-Attends je reviens!

Adam leva le pouce, défoncé comme toujours . Quoique je peux parler . Une fois mes besoins assouvis je repérai la casquette de Tom, parlant à Emily, une bitchie (presque autant que moi du moins) .

-Emilyyy! On se sauta mutuellement dans les bras en criant, comme deux petites poufs respectables que nous sommes . Elle me murmura dans l`oreille:
-Tu as vu ce BG qui me parle ? Et il est connu en plus haaaan !
-Oui j'ai vu, lui répondis-je dans l`oreille . Et regarde...

Je rabattis ma mèche sur le côté, lançai un sourire en coin à Emily, plongeai mon regard dans celui de Tom, puis l`embrassai à pleine bouche .

Touché, coulé .

*

-Tu t`es laissé embrasser cette fois ci?
-C'est parce-que je m'ennuyais et que contrairement à la dernière fois j'avais pas une bombasse dans les bras .
-Très drôle . Je lui administrai une gifle gentille . Bon je vais chercher Adam il voulait me parler tout à l`heure...
-D'accord... Il lâcha ma main et me regarda d'un sourire coquin . Personne dans ta chambre ce soir, hein?
-Personne, comme je te l'avais dit . Tu es le seul qui en a le droit, rock-star . Je lui envoyai un bisou de la main et m`éloignai . Consciente du regard de Tom sur mon postérieur, j`accentuai mon déhanché de plus belle .

*

Olivia et Ange étaient dans la salle de bain pour leur fameux rituel de "retouche de maquillage" . Occasion de parler des potins de la soirée, de glousser jusqu`à se tenir le ventre et s'avachir sur le sol .

-Attends on prends une photo de toutes les deux! Ange sortit son I-Phone et immortalisa la scène en un cliché . Tu en fais une tête, ça va pas?
-Non . Bill a prit un coup dans son égo du coup il a disparu je ne sais où, et Alexandre est un vrai petit con .
-Oh, ne sois donc pas vulgaire, ricana Ange en se remettant du crayon noir . Pourquoi donc?
-Compliqué à expliquer . De toute façon vu comment tu es bourrée demain tu auras oublié.. donc autant que je te le raconte une autre fois, conclut Olivia en fermant la trousse de maquillage et en vérifiant une dernière fois son reflet dans la glace .

Elles sortirent de la salle de bain et prirent la direction du sallon . Ange avait l`impression que les murs se refermaient sur elle dans ce couloir trop étroit . Le décor vacillait tellement qu`elle devait se tenir aux murs pour pouvoir marcher correctement . Et Olivia n'était guère mieux . Au passage, Ange bouscula malencontreusement Alexandre . Olivia qui la suivait s'excusa machinalement à sa place, puis se ravisa en un "oh puisque c'est toi ça n'a pas d'importance" . Mais Alexandre restait figé, sourcils froncés .

-Allez bouge, tu bouches le passage!

Alexandre se mordilla les lèvres et se retourna vers Olivia:
-C'est qui ta copine là?
-Ange ! Elle a pas fait exprès de te pousser fais pas une scène!
-Aheum . Il hocha la tête, et tourna les talons, laissant Olivia perplexe .

*


Manquant de tomber une demi-douzaine de fois, Ange arriva enfin à rejoindre Adam au milieu de la piste de danse, accompagné de ses charmants amis.

-Tu voulais quoi Adam?
-Hein? Celui-ci blaguait dans un cercle avec ses amis, et il regarda sa soeur d'une telle façon qu'elle comprit qu'il avait déjà oublié qu'il voulait lui parler tout à l`heure .
-Non laisse tomber, elle haussa les épaules et tourna les talons .
-Et attends, il la rattrapa par la manche . Meuf t'as raté un truc énorme . Comment Bill s'est fait clashé, il faisait presque peine ! Il tira sur sa cigarette . Pathétique .
-Génial ta vie, fit Ange en mimant un baillement . Bah de toute façon tu ne supportes pas Bill juste parce-que à cause de lui t'as pas pu te faire Olivia... Donc bon, révise ta notion du pathétisme.

Adam cessa de rire tout à coup .
-C'est pas parce-que tu te tapes son jumeau que tu dois forcément prendre sa défense ma petite .
-Mais ferme là un peu, je vois pas le rapport .
-Elle se tape qui? Demanda quelqu'un .

Adam se retourna vers ses potes qui n'avaient pas perdu une miette de la conversation:
-Le guitariste du groupe Tokio Hotel. Mais il est assez cool . Bref, je voulais te présenter aussi aux autres... Les mecs voici ma s½ur, Ange.

A cette annonce, les "mecs" en question la détaillèrent de la tête au pied d`un regard approbateur. Elle écouta d'une oreille distraite leurs commentaires, tant elle se concentrait pour ne pas basculer dans le vide.

-Oww elle est bonne ta soeur Adam !
-Eh mais tu nous avais caché que t'avais une s½ur canon!
-Oh les mecs, parlez pas d'elle comme ça, et puis elle est trop jeune pour vous !

Blablabla . Des blabla inutiles et incessants, et cette tête qui tournait, tournait, tournait . Manquant de perdre l`équilibre, Ange se rattrapa à la première main venue . Elle leva les yeux vers ce presque inconnu . Lorsqu`elle vit son visage, il lui apparut comme familier. Ou avait-elle bien pu le voir ?

Elle dévisageait son visage sans arriver à se détacher de cette contemplation . Il était si beau . Sa mâchoire bien dessinée, son nez droit, ses yeux gris-verts, ses cheveux indisciplinés, sa bouche en forme de c½ur . Ce garçon bien plus grand qu`elle la toisait de toute sa taille, d`un regard dur et impénétrable .

-Euh, Ange, tu connais Alexandre ? Questionna Adam en observant la scène.
-Je ne sais pas... On se connait ? demanda t-elle à l'intention du jeune homme.
-Non, je ne pense pas, répliqua-t-il, cassant, sûr de lui .

Et tout à coup, les images s'enchainèrent dans sa tête: le nouvel an, le balcon, le jeune-homme anglais, les toilettes...

-Maiiiss siiiii ! Je me souviens très bien mainte...
-... Heu ADAM ! Je t'emprunte ta s½ur cinq minutes! Ne t`inquiète pas, ajouta-t-il devant son air méfiant, je te la rends intacte!

Il l'entraina à l'écart et la plaqua contre le mur .

-Oula garçon, gloussa t-elle, t'es de plus en plus rapide dis moi.
-Ange, évite de parler de ce qu`il s'est passé au nouvel an s'il te plait .
-Pourquoi ?
-Parce que je te le demande.
-Ça ne m`avance pas..

___ Il soupira .

-D`accord... par rapport à ta copine Olivia et le rôle qu`on joue ensemble .
-Je ne savais même pas que c'était toi... elle cligna des yeux et cilla . De toute façon quelle importance de le raconter? Tu n'es qu`un parmi tant d'autres .

Alexandra arbora un sourire dans le coin, et emprisonna Ange en plaquant son bras contre le mur .
-Peut-être mais dans ces "autres" comme tu le dis si bien ... en matière de sexe il y en a toujours qui s'éffacent ... Il approcha ses lèvres du cou d`Ange . Et d`autres qui se démarquent .

-Mmm peut-être... je ne me souviens pas ... ajouta-t-elle en pressant son bassin contre celui d'Alexandre . Et si tu me rafraichissais la mémoire?
-Comment? Murmura-t-il en connaissant déjà le fond de sa pensée.

Elle battit des cils et passa la main sous sa chemise.
-Devine .

Il lui retira la main, sentant qu'il n'y était pas insensible. Il la prit par les hanches .

-Ok, tu l'auras voulu, je te suis .

Il se laissa guider, arpentant tous deux le couloir désert . Première porte à gauche ? La salle de bain, ça fera l'affaire, comme toujours.

*

Olivia de son côté était inquiète . Cela faisait plus d'une demi-heure qu'elle n'arrivait pas à mettre la main sur Ange .

« Elle ne peut pas être avec Tom pensa-t-elle, car cet idiot, décuve sagement sur le canapé. Mon dieu, elle est tellement ingérable, qui sait ce qu'elle peut faire. Putain, s'énerva-t-elle mentalement, j'en ai marre, elle peut pas se tenir tranquille de temps en temps ? Et c'est moi qui me fait un sang d'encre et qui me donne le rôle de maman, oubliant de m'amuser. Fait chier !Bon résumons, elle n'est pas dans sa chambre, ni accrochée à une barre de gogo danseuses, pas dans la cuisine, ni en train de vomir aux toilettes, ni dans la salle de b... LA SALLE DE BAIN ! »

La réponse lui apparut comme évidente: connaissant Ange elle avait du mettre le grappin sur un mec quelconque et devait être en train de prendre du bon temps avec lui . Et Tom alors ? Aucun respect, vraiment .

Aucune moral, normal .
Cet éternel refrain .

Arrivant devant la-dite salle de bain, elle essaya d'ouvrir la porte, mais bien entendu elle était verrouillée .
-ANGE ! Je sais que tu es là ! Ouvre la porte !

Elle colla son oreille contre la porte pour entendre une quelconque réponse, au lieu de ça, elle entendit, une sorte de râle, ou de gémissement, au choix.

-Ah oui, marmonna Olivia pour elle-même, tu veux pas m'ouvrir chérie ? Tant pis, je rentre quand même!

Elle sortit de sa poche une pièce de un euro, l'inséra dans la fente du verrou. Clik ! Verrou déverrouillés. Ahah, dommage Ange !
Elle ouvrit la porte brusquement la porte et ce qu'elle vit lui arracha un cri de surprise. Oui il y avait Ange évidemment et... Non, impossible. Alexandre. Tous deux à moitié nus en pleine activité tout sauf catholique . Elle resta quelque seconde muette de stupeur, mais reprit ses esprits rapidement:

-MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ TOUS LES DEUX ?

Alexandre cligna des yeux, surpris et se redressa:
-Euh à ton avis, Olive, on révise l'anatomie humaine bien sûr !

Ange gloussa à la blague-pas-drôle tout en remettant son soutien-gorge . Olivia ferma les yeux un instant . Pour ne pas avoir à supporter l`horrible vision de la nudité d`Alexandre et pour réussir à garder son calme . En plus d`humilier son petit-ami il fallait en plus qu`il humilie Tom indirectement !

-Allez Ange dépêche toi de remettre tes vêtements!

Mon dieu voilà qu`elle ressemblait à une vieille mégère aigrie donnant des ordres!

-Tu veux pas nous rejoindre et participer? Plaisanta Alexandre en posant sa main sur sa hanche et en lui faisant un clin d`oeil .

Elle riposta d`un coup de genoux dans ses parties intimes .
-OUTCH!
-Tu l'as pas volé celle là ...

Ange sortit de la salle de bain en bousculant volontairement Olivia, laissant cette dernière avec le garçon.
-Alors, tu es fier de toi ?
-Si tu veux mon avis, Olive, tu es bien trop coincée. Il exerça une grimace de douleur . Tu devrais te lâcher comme ta pote Ange. Elle, elle est mortelle...

Olivia éclata d'un rire sans joie.
-Oui elle est mortelle, et demain elle va encore se plaindre de ne pas se rappeler avec qui elle a encore couché, t'as très bien vu dans quel état elle était, t'en a profité, pourriture !
-Eh oh, reste polie, ma petite. Je l'ai pas violé ta copine, et figure toi au cas où tu l'ignorerais, que ce n'est pas la première fois que ça arrive entre elle et moi!

Sur ce, il sortit de la pièce -théâtralement- en prenant le soin de bien claquer la porte et lui lancer un sourire sarcastique . Elle resta figée, abasourdie . ___ Comment ça pas la première fois?
Elle n`eut pas le temps de réfléchir davantage sur la question, que la porte se réouvrit à nouveau . Prête à affronter à nouveau le regard insolent d`Alexandre, elle se retourna . Mais ce n`était pas lui .

-Je peux savoir, dit-il la voix tremblante, ce que tu foutais avec un Alexandre à moitié nu dans la salle de bain ?

Merde . Bill .

La porte se referma à nouveau . Il fallut deux secondes à Olivia pour prendre conscience de la situation et reprendre ses esprits .

-BIIIILL! C'EST PAS CE QUE TU CROIS !

Elle déboula de la salle de bain, se lançant à sa poursuite, bien décidée à régler ce quiproquo le plus vite possible . Dieu ce qu`elle haïssait Ange à cet instant précis !

*

Tom .

Allongé sur le canapé, je tentais de retrouver mes esprits . Me dire que j'avais frôlé le coma éthylique suffit pour me jurer de ne plus jamais boire . Résolution que je tiendrai deux-trois jours, évidemment . Après avoir vomi mes tripes, j'avais plus qu`envie de mâcher un chew-gum, je décidai donc d'aller en voler dans la veste en cuir de Bill . Je me redressai péniblement, la tête me tourna immédiatement . Ah, qu'est ce que je ne donnerai pas pour une jolie fille avec une compresse remplie de glaçon, épongeant mon front !

Mais tout cela n`existe que dans les films . Malheureusement .

Quoique Olivia voudrait bien faire ça pour moi, non?

Après un immense effort, tel un vieillard boiteux, je me redressai et risquai un pas vers le salon, m'accrochant à tout ce qui me tombait sous la main . La pièce avait changé . On aurait dit une orgie, genre . Mais c`était décidé, j`allais faire une cure sexuelle ! Plus de sexe pendant deux semaines ! ____Non, une . ____La moitié d`une semaine?
Il s`avéra que je ne trouvai ni Ange, ni Olivia, ni Bill!____ Où étaient-ils?

Je reconnu Adam en train de sniffer de la C sur le comptoir de la cuisine, entouré de plusieurs amis .

-Heu Adam ... Je me grattai la tête . Tu sais où sont les autres? Où est Ange?
-Ange, c'est pas la petite rouquine sur qui j'ai parié avec Alexandre? Demanda un ami de Adam qui avait les cheveux plus qu'ébouriffes. Je sentis mon c½ur s'accélérer .
-Parié?
-Ouais il m`a parié cent euros qu'il arriverait à la chauffer jusqu'à ce qu'elle veuille baiser avec lui et qu'il se refuserait au dernier moment, ricana t-il . Yo man, t'en veux?

Je refusai la drogue d'un signe de tête, éc½uré . Adam ne sembla même pas s'apercevoir que j`étais en train de partir . Pauvre gars perché ... Si j'avais une s½ur, jamais je ne laisserai quiconque parler d'elle comme un objet sexuel!
Alexandre, Alexandre... le mec avec qui Olivia jouait son nouveau rôle . Qu'elle n'appréciait pas particulièrement. Je me demandai comment il était . Beau?

-Et mec, ça te dit une partie de billard? Me demanda une voix .

Je me retournai .

Il avait une allure respectable et ne semblait pas défoncé . J`acceptai d'un signe de tête .
-On pari cent dollar que je te gagne?

*

___ Plus tard .

-Et alors la fille une fois qu'elle était toute excitée je lui dis : "attends chérie je vais aux toilettes..." Et je me suis barré, mains dans les poches, de l'hôtel...
-Jure? J`éclatai de rire . Sans payer?
-Bien sur que non! A chaque fois que je l'imagine seule, sur le lit, à m'attendre, je me tape un fou rire tout seul!
-Et sa réaction une fois quand elle a compris ce qu'il s'était passé!

Je tapai dans sa main, hilare, et avalai une nouvelle gorgée de bière .

Et moi qui croyais être un salaud avec les filles! Je lançai un regard en biais à l`homme qui avait tout à m'apprendre sur le sexe . Les filles. Et les milles et une façons de les manipuler ou les rendre folles de moi.
Ce n'était pas dans mon habitude d`avoir quelqu'un pour modèle, j'ai toujours eu ma propre personnalité très jeune, ce qui nous a attiré souvent des ennuies d'ailleurs à Bill et moi . Mais ce mec était un Dieu . Incroyable .

Il tapota mon épaule .
-Et toi, mon pote, dis moi qui est la dernière meuf que t'as choppé et si j'estime qu'elle vaut le coup, j'oublie les cent euros que tu me dois pour avoir perdu lamentablement au billard...

Je ricanai bêtement, fixant les lacets des baskets .

-Je t`ai laissé gagné en fait .
-Ah je me disais aussi qu'il était impossible que quelqu'un puisse jouer aussi mal .

Je lui balançai ma bière vide au visage, il riposta adroitement en s'esclaffant .
-Et bien disons qu'elle était plus que bonne...
-Mmm voilà qui me semble intéressant... Il se redressa . Bonne comment?

Mes yeux se perdirent dans le vide, mon imagination se mit à vagabonder .
-Bonne comme magnifique, belle comme un ange . Je tressaillis et abordai un sourire timide . Et je crois que j'en suis tombé amoureux . Le piégeur piégé .
-Ah... Il soupira . Ouais t'es tombé dans le panneau . Les filles sont de véritables prédatrices, ils faut être très fort pour résister à leurs charmes . T'es foutu mec ...
-Voila qui me remonte bien le moral... Comment tu fais toi? Tu ne t'attaches jamais jamais?

Mon nouvel ami plissa des yeux comme s'il étudiait la question sur tous les points . Il dégagea la mèche qui barrait son front et plaqua ses cheveux en arrière .

-Disons que la chasse est pour moi le plus intéressant . Traquer la proie . Plus elle est inaccessible, plus j'en prends du plaisir lorsque j'arrive enfin à l'avoir . Et lorsque je n'arrive pas à l'obtenir j'en fais une réelle fixation . Il fut secoué d'un tremblement . J'aime que les filles soient folles de moi, leur faire croire des choses . Et si un jour il m'arrive de tomber amoureux, je t'ai dit, je pense que je deviendrai fou de ne pas avoir ce que je désire .

Je méditai sur ses paroles . Ça me faisait un peu peur, cette façon de parler des filles comme de simples objets . Mais je passai outre .
-Je dois faire quoi à ton avis?

Il me regarda dans les yeux, cherchant la bonne réponse:
-Avouer, attaquer . Tu seras fixé, tu n'as rien à perdre . Mais ne sois pas trop démonstratif, tu risquerais de l'effrayer . C'est quoi son joli nom à cette sublime créature d'ailleurs?
-TOM! Dieu merci tu es là!

Je relevai la tête : Olivia bondit vers moi, se jeta au pied du canapé où nous étions assis et posa ses mains sur mes genoux, en se mordant les lèvres . Je pris ses mains, qui tremblaient:
-Ecrevisse qu'est ce qu'il se passe? Je te cherchais de partout !
-Tom... Ne cherche pas d'histoire je t'en supplie, Alexandre ne savait pas pour Ange et toi...

Je n'avais aucune idée de quoi elle parlait . Je me tournai vers mon nouvel-ami pour voir s'il y comprenait quoique ce soit, mais je fus surpris de l'expression de son visage: il semblait avoir vu un fantôme . Je forçai Olivia à se révéler et s'assoir à mes côtés .

-Maintenant tu reprends ton souffle et tu me dis ce qu'il se passe? Demandai- je d'une voix douce.

Le regard d'Olivia bondit entre mon nouveau pote et moi . Lui, moi, lui , moi.
-Tu... tu ne lui a rien dit?
-Comment puisque je viens à peine de comprendre?

J`écarquillai les sourcils . Me retournai .
-Tu... tu m`expliques?

Mon nouveau pote plissa des yeux et releva son menton, prenant un air supérieur:
-Olive, rassure toi je n'ai rien dit et je comprends qu'il ne faut pas .
Il se retourna vers moi et me tendit la main . Alexandre .

Je mis du temps à comprendre . Je jonglai entre Olivia, Alexandre, cherchant à rassembler les morceaux . Je lui serrai enfin la main .

-Attends, ricanai-je . Tu veux dire que le mec avec qui j'ai perdu au billard, parlé pendant plus d'une heure est Alexandre?
-Oui, lui même... Son ton avait complètement changé .
-Et ben ça alors...
-Ah ben voilà tout est réglé, c'est génial ! Sur ce je vous laisse entre nouveaux amis maintenant que les présentations sont faites . Elle bondit du canapé et laissa échapper un rire qui sonnait faux . Je vais chercher Bill car il se trouve que Monsieur fait la gueule .

Elle fusilla du regard Alexandre et s'apprêta à partir quand je la retenu par la main:
-Tu voulais dire quoi par "il ne savait pas pour Ange"?
-Oh... Elle laissa échapper un rire nerveux et se frotta les mains . Rien, rien ...
-LE PARI! M'exclamai-je d`un seul coup . Je me tournai vers Alexandre, qui affichait un air contrit . Tu as parlé à Ange? Tu l'a "baisé" comme toutes ces autres elle aussi?

Le silence se fit . Ma voix avait tremblé, comme si j'étais à bout de nerfs . J'arrêterai de boire pour toujours finalement . Il était temps de grandir . D'avancer .

Alexandre se leva et se pencha vers moi:
-Ce que je t'ai dit était vrai . Ne gâche pas tout maintenant mec . Va la voir, avoue tout . Qui ne tente rien n'a rien .

Il se leva, prit une poignée de cacahuètes dans un bol, et s'éloigna, la tête haute . J`observai Olivia qui affichait un sourire crispé .

-Tomychou, je ne sais pas de quoi parlait Alexandre, mais si tu t`es bien entendu avec lui, ne gâche pas votre relation amicale juste par ce que je t'ai dit sur lui et écoute le...

Je scrutai son regard pendant quelques secondes encore, en résistant à l'envie de la prendre dans mes bras et de la remercier d'être toujours là pour moi .

-Il a raison . Je vais la chercher . Je me levai à mon tour, embrassai Olivia sur la joue au passage et partis à la recherche de Ange . Quitte à la perdre, je serai fixé . ___ Quand on veut, on peut .

*

-Pourquoi as tu la prétention de pouvoir me changer?
-Pourquoi pas? En quoi c`est prétentieux de croire en toi?
-Parce-que tu penses me connaître... mais tu n`y es pas du tout .

Ange roula des yeux et se dirigea vers la porte de la maison . Anticipant son geste, Tom se leva tout aussi rapidement et lui bloqua le passage de son bras . Il approcha son visage:

-Et si tu essayais de m`aider? A briser cette carapace, baisser ce masque?____Elle regarda ailleurs .

-Tu ne peux pas me changer, et tu sais pourquoi?
-Non ...
-Parce-qu'il n'y a ni carapace, ni masque... Tout est vrai . Je suis comme ça Tom ! Alors à quoi bon persister?
-J`ai foi en toi . Ses yeux balayèrent le décor pour se reposer sur elle . Je pense que pour avancer dans la vie, trouver une raison à son existence, il faut croire en quelque chose ...
-Ah oui? Et toi tu crois en quoi ?

Il s`approcha davantage, ses yeux se plissèrent:
-En t-o-i . En la musique . En mon groupe . Aux valeurs . Et toi? Tu ne crois qu`à la drogue, aux cigarettes, à l'alcool et au sexe?

Il haussa le ton .

-Qu`en ces choses matérielles? Tu crois aussi peu en toi que c'est cette image que tu as choisi de donner?

Malgré elle, elle sentit ses yeux s`embuer . Mais elle ne voulait pas baisser le regard . Céder à celui de Tom qui en disait tant sur ce qu`il pensait d`elle .
Pour la première fois de sa vie Ange ressentit de la culpabilité . Elle pensait à autre chose qu'à sa petite personne .
Les mots de Tom étaient comme des épines successives qui se plantaient dans son c½ur car ils débordaient de vérité . Qu'ils touchaient le point sensible.

-... Tu vaux mieux que tout cela Ange . Mieux que ces minables avec qui tu couches qui n'essaient même pas d'aller voir au-delà de ton apparence . Mieux que cette vie de débauche que tu mènes . Mieux que ce misérable cliché de fille riche malheureuse . Tu mérites que l'on croit en toi, rajouta t-il en un murmure en posant son front sur le sien .

Elle ferma ses yeux . Il l`enveloppa de ses bras et la blottit contre lui .

-Pourquoi toi? Chuchota t-elle, la tête reposée sur son torse .
-Comment ça?
-Toi aussi avant tu croyais en toutes ces choses... les filles, la fête, le sexe...
-Parce-que quelqu'un a cru en moi . Et que j'ai découvert à mes dépends que je ne me connaissais pas encore tout à fait .
-Et que tu pouvais changer....
-Oui .

____________________ « Et si je n`ai pas envie de changer? » Pensa t-elle .

-Je sais que ça va me retomber dessus un jour ou l'autre . Que je rencontrerai un ange au masculin . Qui m'empoisonnera l'esprit, allumera mes sens, me fera languir . Me résistera à un tel point qu'il me rendre folle...
-Mais je ne suis pas celui-là n`est ce pas...

Elle soupira et leva ses yeux bleus vers les siens . Pour la première fois encore elle allait être honnête sur ses sentiments avec un garçon . A croire qu`elle commençait à changer finalement .

-Non . Tu n`es pas "lui" Tom . ______ Et j`en suis désolée .

Elle posa sa main sur sa joue .

-Tu sais en vérité je t`admire d'avoir eu le courage de changer . Tu mérites mieux toi aussi . Mieux que croire en moi . Tu dois croire en l`amour . ___ Et je suis sure qu'il te trouvera .

Il garda le silence .

-Je t`aime mais pas de la façon dont tu le voudrais . Je t'aime d'amitié . J'aime rire de tes blagues idiotes et te frapper parce-que tu parles trop . J`aime ton sourire dans le coin, ta façon de me regarder . Tes yeux se mettent à briller comme si tu venais de voir un vrai ange . J'aime que tu me fasses languir en jouant l`inintéressé, que tu embrasses une autre fille alors que je sais que tu voudrais que ce soit moi . J'aime quand tu m'embrasses et sentir le contact de ton piercing sur mes lèvres, coucher avec toi, alors que l`instant d'avant on s'ignorait...

Elle déglutit .

-... Tom je ne peux pas jouer plus longtemps avec toi comme ça . Tu sais que ça ne me ressemble pas de parler ainsi, si je le fais c`est parce-que ça me tient à c½ur et qu'il est important que tu le comprennes . Si tu persistes avec moi c'est dans l'espoir que je change, mais...
Cesse de croire en moi,
d`avoir espoir,
car je ne pourrai jamais...

Elle s`arrêta . Leurs yeux brillaient . Il prit son visage dans ses mains:
-Jamais? Tu ne pourrais jamais quoi?
-Non, Tom, je... Elle tourna la tête .
-Dis moi quoi... Il soupira et déposa des légers baisers sur sa joue . Ange... Mon ange . Il l'embrassa sur la bouche . Ne me fais pas ça. Ne refoule pas ça en toi, je sais que tu en as envie tout comme moi; j'étais pareil avant, je ...
-Arrête Tom, gémit-elle en essayant de le repousser . Tu ne sais rien !
-Tu penses que tu n'es pas de ce filles là, mais je sais que c'est le contraire. C'est juste que tu as peur. Tu refuses que l'on t'aime parce-que tu ne t'aimes pas toi même... Mais JE SAIS qu'au fond tu n'es pas si méchante que ça. Tu es une fille effrayée par l'amour déguisée en salope, tu
-Stop...
-Ange, tu peux continuer de fαire semblαnt, dire que tout vα bien, je sαis que ce n`est que mensonge .
-Arrête ! Elle le repoussa de ses mains . Elle ravala ses larmes et le pointa du doigt . Tu n'as donc rien écouté? Je n'en vaux pas la peine ! Mais qu`est ce qui t'as pris de m'aimer hein? Elle chuta dans un morceau de bois . Je ne suis ni Olivia, ni les autres ! Mais où avais-tu la tête, bon sang ! Je ne suis pas le genre de fille dont on tombe amoureux, et qu'est ce que t'en sais de l'amour? C'est quoi votre problème à vous les mecs? Plus on vous repousse plus vous en demandez?
-Ange...
-Ecoute, elle baissa le ton . Dans cinq ans tu seras avec une star méga canon et tu seras toujours aussi célèbre . Tu me croiseras peut-être un jour au hasard dans la rue, tu seras distrait un instant par mes cheveux roux te demandant où tu les avais déjà vu, et tu poursuivras ta route, me laissant derrière toi .
-Non, jamais, tu...
-Tom . Elle s'avança ça vers lui, l'air grave, et lui prit les mains . Je n'ai pas de place dans ton avenir .
-Je...
-Chut . Elle l`embrassa sur les lèvres .
_______Lui caressa la joue .
_______Il ferma les yeux et posa sa main contre son coeur .
_______L`instant d'après elle s`était évanouie dans la pénombre .

Envolée tel un ange .

*

Il s`amusait avec la capsule de sa cannette . La levait . La relâchait . Tout cela sans s`arrêter, en rythme, perçant le silence nocturne . La lune était pleine ce soir . Il entendit des pas sur le gravier mais ne se retourna pas . Il avait comme une boule dans la gorge . Un sentiment de rejet .

Elle posa sa main sur son épaule et s'assit à côté de lui .
______________________________________________ Il ne releva pas la tête .

-Bill serre moi fort...

Il leva enfin ses yeux, pour plonger dans les siens, troublés . Il l'amena à lui . La serra de toutes ses forces, de tout l`amour dont il était capable .

-Je ne veux pas te perdre, murmura t-il .
-Jamais .
-Promets le moi . Promets moi que quoi qu'il arrive...

Il se tût, honteux . Elle se redressa, de façon à étudier son visage .

-... tu m'aimeras . Acheva t-il en un souffle, penaud .
-Promis . Elle déposa un baiser sur sa joue et enfouit son nez dans ses cheveux .
-Quoiqu'il arrive . Je te le promets aussi .
-Je sais mon amour, je sais

& ils restèrent enlacés ainsi . C`était cela aussi Bill et Olivia .
Des regards, des gestes suffisaient pour qu`ils se comprennent .
Bill savait au fond que Olivia n'avait jamais rien fait avec Alexandre .
Et elle-même savait qu'elle n'avait même pas à se justifier .

Qu`un un seul regard il comprendrait .

En la serrant dans ses bras, Bill pensa au petit garçon qui aimait grimper aux arbres, se teindre les cheveux en rouge, tremper son doigt dans le pot de nutella et en étaler sur la joue de son frère, rire aux éclats, répéter dans les garages en chantant à plein poumon .

Il voyait ce petit garçon courir dans les champs,
courir,
courir,
courir en rêvant de partir loin d`ici, en rêvant d`une autre vie .


*

# Posté le jeudi 19 mars 2009 21:22

Modifié le mardi 23 juin 2009 18:32

Chαpitre 52 .Mon essentiel .« Tu sαis ℓes mots sont mes silences,J`αi ℓ`αvenir grαvé dαns tα mαin, J`αi ℓ`αvenir trαcé comme tu ℓ`écris . »

Chαpitre 52 .Mon essentiel .« Tu sαis ℓes mots sont mes silences,J`αi ℓ`αvenir grαvé dαns tα mαin, J`αi ℓ`αvenir trαcé comme tu ℓ`écris . »
Olivia .


_____Une semaine plus tard, mercredi dix-sept Février ._____Paris .

Malgré un froid glacial coutume au mois de Février, Ange et moi étions à la terrasse d'un café, puisque à présent la loi interdisait de fumer à l`intérieur .

-Je t'assure que je ne savais pas pour Alexandre... après tout, il vient de Londres! Avoue que le monde est petit... Oh tu m'écoutes salope?

Mes yeux étaient rivés sur la montre que portait Ange à son poignet gauche . Le tic-tac de l'aiguille régulier m`hypnotisait d'un bercement monotone . Avec effort, je relevai les yeux vers mon amie, qui affichait un air volontairement blasé .

-Promis, continua t-elle sur sa lancée, ignorant mon inattention .
-Peut-être que tu ne savais pas pour Alexandre... mais Tom tu y penses? C`est mon ami et je ne veux pas qu'il souffre par ta faute .
-Mais c'est pas mon problème s'il est tombé amoureux de moi ! En quoi c`est ma faute?
-Je suis d'accord . Mais dans ce cas, ne couche plus jamais avec et là tu pourras dire que tu n'y es pour rien .

Nous nous défiâmes du regard . Elle arborait son expression hautaine réservée habituellement aux autres . Même si ses yeux bleus étaient si froids qu'ils en devenaient d'un gris métallique, je ne cillais pas . Elle non plus .

-Je peux vous encaisser? Nous interrompit le serveur d'un ton jovial .

-Je ne te juge pas A, poursuivis-je une fois le serveur éloigné . Mais réfléchis: Tom, Alexandre, Georg... Je suis sure que si Adam n`était pas ton frère tu te le serais tapé aussi !

L`expression de Ange éveilla quelque-chose que je ne saurai définir en moi . Ses yeux balayèrent la terrasse, pour se finir sur son paquet de cigarettes . Elle en sortit une, et l'alluma lentement avant d'ajouter en un soupir:
-Si tu savais... Bon j'te laisse . Si j'avais prévu de passer un bon moment à délirer et bien c`est raté . Sur ces mots elle se leva, mit son manteau et récupéra son portable sur la table, sous mes yeux ébahis. D'ailleurs, puisque ça a l'air de t'intéresser, sache qu'à la soirée j'ai dis à Tom qu'il fallait qu'on arrête . Ah, et aussi... Elle se retourna: je n'ai pas couché avec ton cher Alexandre non plus .

-Qu... quoi?

Voyant qu'elle s'éloignait déjà, je me levai rapidement, récupérai mes affaires, et me lançai à sa poursuite, tentant de faire le tri dans toutes ces informations qui venaient de s'accumuler .

-De quoi Adam? De quoi Tom? De quoi Alexandre?

Ange s'arrêta enfin de marcher et fit volte-face:
-Tu sais c'est quoi ton problème Olivia? C`est qu'avec Bill ça t'intéressait tant qu'il y avait des risques, qu'il était inaccessible... C'est pas parce-que maintenant tu t'ennuies que tu dois forcément vivre tes amours par procuration ! Tom, Alex, Adam... c`est MON problème ! Si t'as envie d'être frustrée, ok! Cracha t-elle . Mais arrête de me faire la morale sans cesse!

___Je ne sais combien de temps je suis restée assise sur ces marches, le regard perdu dans le vide . Tel un coup de massue, ses mots m'avaient transpercée le c½ur bien plus qu`elle n'aurait pu l'imaginer . La pluie tombait depuis bien longtemps à présent et avait ainsi balayé les larmes de mon visage .
Je pris cela comme un signe: je ne devais pas me laisser abattre .
Titubante, je me relevai . Les terrasses des cafés avaient été désertées, le ciel était gris et un orage menaçait de tomber . Ma bouche était remplie d'un goût d'amertume . Amertume qui gagnait mon c½ur, mon esprit et mes pensées à mesure que je me laissai guider par mes pieds dans les rues étroites de Paris .
J`aimais cet état dans lequel je me trouvais, du moins je pense . Une douce torpeur languissante qui plongeait mes sens et mes émotions dans un trou où tout était décuplé . A fleur de peau, anesthésiée, amorphe . Voila comment j`étais . Les pensées s'entrechoquaient dans ma tête et je les abordai alors différemment .

De simples mots . Une simple phrase .

Et pourtant . Qu`ai-je pu haïr Ange à cet instant .

Si le choc ne m'avait paralysée, je ne sais quel flot de bêtises aurait échappé de ma bouche à l`instant où Ange m`avait jetée ces mots aux visage . Ces mots qui blessaient car ils étaient remplis d`une vérité angoissante que je refoulai au plus profond de moi .

______________ Bill, Bill où es-tu alors que j`ai tant besoin de toi?

Bill .

_____USA, hôtel à New-York .


-Je peux entrer? Demandai-je à Tom en lui souriant .
-Ouais, j'allais me mater un porno !

J`haussais les sourcils, tout en refermant la porte derrière moi .

-Je rigole... s'esclaffa Tom sans joie, en s'étirant de plus belle sur le canapé .

Je saisis au passage un paquet de chips et l'ouvrai d'un coup sec tout en me joignant à ses côtés .
-Je viens d'avoir Ollie au téléphone, elle allait pas très bien .
-Putain . Pourquoi ?
-J'sais pas . Elle n'a pas voulu me le dire .
-Et t'as pas insisté? Putain tu crains mec!


Je sentis soudain une lointaine culpabilité m'envahir et nouer mon ventre .
-Tu crois? Enfin, je veux dire... peut-être qu'il ne vaut mieux ne pas lui foutre la pression et attendre qu'elle soit prête à en parler, non?
-Si tu le dis... Soupira t-il en allumant la chaîne de clip . Elle raconte quoi d'ailleurs?
-Elle m'a dit qu'elle devait parler d'un truc avec toi, mais de vive voix et ...
-... héhé normal je lui manque trop .
-... et elle retourne dans la semaine à Londres pour son rôle avec l'autre ...
grognai-je .
-L'autre? Alexandre?
-Ouais .
-Ah...
-Ben quoi?

-Ben rien... C'est juste que... Il se mordit la lèvre . Je sais que tu l'aimes pas mais en fait il est plutôt cool une fois que tu le connais un minimum .

Une douche froide m'aurait fait le même effet . Je serrai les poings .
-Tom, tu te rends compte que ce putain de fils à papa m'a humilié à la soirée ? Il m'a traité d'ex pauvre, il a insulté nos origines, notre statut, notre groupe... et moi!
-Je sais, il a été con, je dis pas le contraire ! Je te dis juste que c'est un jeu pour lui! Il te testait, il le pensait pas vraiment, il a voulu te provoquer !
-Nan mais je rêve ! Je suis ton jumeau et tu défends ce salopard que tu connais même pas! Il a couché avec ta copine DEUX FOIS!

Le visage de Tom devint livide . Il déglutit et reprit d'une voix plus calme:
-Je sais . Mais pour Ange il ignorait tout . En plus c'est pas ma copine, on baise juste ensemble . Et c'est sa faute à elle pour ça ... Mais tu as raison, il aurait pas dû te prendre de haut comme ça alors qu'il te connaissait pas...

Je sentis ma colère s'apaiser à son tour . Il me lança un sourire contrit .
-Je suis désolé Bill... j'ai honte là .
-C'est pas grave Tom . On va pas laisser ce snob s'immiscer entre nous deux hein...
-Ouais... Ricana t-il . N'est pas née la personne qui arrivera à nous séparer!
-Exactement... Un sourire fendit mon visage . Bon, on se le mate ce porno?

*

Une belle jeune fille blonde sortit du taxi jaune en prenant soin de ne pas se cogner la tête, ou de prendre son pied dans une gouttière . Son allure dégageait quelque chose, une sorte d'aura mysterieuse qui attirait immédiatement les regards . Elle rabattit sa capuche sur sa chevelure blonde volumineuse, et leva ses grands yeux verts vers l'affiche posée sur le bâtiment en face d'elle:

February 18th – New York City, USA – Gramercy Theater .


Elle avala une gorgée d`air frais remplissant ses poumons, pour se donner contenance . Il commençait à pleuvoir : elle venait de sentir une goutte d'eau perler sur sa joue .

Respire .
Avance .
Souris .

Ses talons claquaient sur le sol: les regards des videurs à l'entrée se posèrent sur elle, la lorgnant de haut en bas . Elle s'avança vers eux en leur adressant un sourire contrit et présenta sa place de concert à l'un tandis qu'un autre fouillait son sac .

-Le concert a déjà commencé mademoiselle .
-Je sais . Ça n'a pas d'importance .

Ils hochèrent la tête et elle haussa les épaules avec détachement. Elle rentra dans le bâtiment, prit un prospectus qu'une employée lui tendait, et ouvrit la porte H menant à la salle de concert . Elle fut quelques secondes éblouie par les projecteurs . La salle était certes petite par rapport à celles qu'ils remplissaient en Europe, mais elle était néanmoins remplie .
Le groupe en était à la quatrième chanson de la set-list . Elle croisa les bras, s'adossa contre un mur du fond, et jeta un coup d'½il autour d'elle : il n'y avait pas de gradin, ainsi les fans se compressaient contre la scène et les barrières, et quelques journalistes se mettaient comme elle à l'écart . Elle alla s'asseoir au bar et commanda un verre de vodka-redbull .

Elle jubilait .
Elle était à NY .
New-York !

Les derniers accords de By your side retentirent, elle leva son portable et prit la vue d'ensemble en photo : les garçons qui saluaient le sourire aux lèvres, et les fans qui les acclamaient .

Elle sourit de fierté .

*

S'immiscer dans les loges ne fut pas une mince affaire, les vigiles américains ne voulaient pas négocier et l'avaient écarté sans ménagement . Néanmoins par chance elle avait aperçu la maquilleuse du groupe passer derrière eux, et elle l'avait supplié du regard de parler aux vigiles pour la laisser passer .

-Merci Nathalie, tu m'as sauvé la vie!

Celle-ci lui répondit d'un haussement d'épaules et lui fit signe de la suivre . En longeant les couloirs des coulisses elles croisèrent David au téléphone qui leur adressa un sourire crispé, et elles arrivèrent enfin devant la loge . Des rires s'en échappaient .

-Je fais quoi? Demanda t-elle subitement nerveuse à la maquilleuse .
-Et bien tape tout simplement! Puis tu baisses la poignée, c'est comme ça qu'on ouvre une porte...

Le ton moqueur et le sourire narquois n'avait pas échappé à Olivia mais elle était trop stressée pour y faire attention . Elle respira un bon coup et toqua si doucement qu'elle se demanda s'ils avaient entendu quoique ce soit . Elle n'attendit pas la réponse, abaissa en hésitant la poignée et entrouvrit légèrement la porte .

-Ohlala! Soupira Nathalie en l`ouvrant en grand . Depuis quand es-tu timide?

Elle les vit avant qu'ils ne la voient . Les garçons interrompirent subitement leur conversation et les regards se braquèrent sur Nathalie - puisque Olivia se tenait à l'écart derrière elle - .

-O...Olivia? Lâcha en premier Bill d`un ton surpris .
-Oui, murmura t-elle en s'avançant vers eux, se sentant étrangement intruse .
-Mais... mais qu'est ce que tu fais ici? Reprit Bill en se levant à son tour, fronçant les sourcils .

Elle sentit une vague d'amertume l'envahir mais elle n'eut pas le temps de répondre que Tom se précipitait sur elle et l'enveloppait de ses bras .

-Ecrevisse!!! Mais quelle bonne surprise, incroyable ! Il lui pinça les joues, ébouriffa ses cheveux .
-Tom, arrête ! Elle riposta en riant en lui tirant les dread quand soudain David fit interruption dans la pièce:
-BILL! ___ Celui-ci n'avait toujours pas bougé de sa place . Viens il faut que je te parle d'une chose importante !

Bill croisa son regard et se leva pour le suivre, en effleurant au passage l`épaule d`Olivia, qui fut secouée d'un frisson .

Aussitôt les garçons se jetèrent sur elle , l'assaillant de questions . Les minutes passèrent, ils étaient assis tout autour de la table basse, plaisantant, grignotant .
-Alors comment t'as trouvé notre concert? Lui demanda Georg en bombant le torse .
-Super! Même si c'était en anglais...

Elle croisa le regard de Gustav et échangea un sourire complice avec lui .
-Bon moi j'en peux plus je suis crevé ! J'arrive toujours pas à croire que tu sois venu de Paris rien que pour voir Bill, si c'est pas de l'amour ça! Il me faut une copine qui fasse la même chose pour moi!
-Oh mais tu trouveras ne t'inquiète pas... elle lui caressa le dos comme pour le réconforter . Sauf que le Bill en question a l'air absolument ravis de me voir .

Il brillait pas son absence .

*

Bill aurait dû rejoindre les autres dans la loge une fois sa discussion avec David terminée .

Oui, il aurait dû .

Mais il n'en fit rien . Muni de sa simple veste de cuir, de son tee shirt de scène rempli de transpiration il traversa les couloirs, et poussa la porte de secours . Les mains dans les poches pour les protéger du froid, il caressait de son pouce un billet de cinquante dollar et son briquet . Un vent glacé fouetta son visage dès qu'il se trouva sur la grande avenue . Il héla un taxi sans vraiment savoir où aller . L`odeur de la banquette en cuir avait quelque chose d'apaisant . Il demanda au chauffeur d'augmenter le son de la musique, et ferma les yeux, chassant sa conversation avec David . Peu importe où il allait, du moment qu'il aérait son esprit . Il tituba sur les avenues, s'achèta un bonnet au passage pour dissimuler ses cheveux, s'arrêta de temps à autre pour reprendre sa route l'esprit toujours aussi embrumé . Il faisait peut-être nuit, mais New-York ne dort jamais. La ville est toujours en pleine effervescence et il se dit qu'il était bien loin de la tranquillité morbide ou paisible de son Allemagne du nord natale . Il se laissa guider par son instinct . Curieusement il le mena à un hôtel . Au bar de l`hôtel plus précisément, avec ses lumières tamisées et cette clientèle à la fois silencieuse et animée .

-Vodka tonic please .

Qui défilèrent .

-Vous avez rendez-vous? Lui demanda subitement la fille qui était assise à sa droite depuis quelques temps maintenant et avec qui il avait échangé quelques regards .
-Non, pas vraiment, répondit-il en tournant la tête vers elle .

Elle n'était pas particulièrement jolie, ni particulièrement mince, ou bien habillée, mais elle n'en n`était pas banale pour autant . Ses yeux couleur chocolat avaient quelque chose de doux, qui le rassurait . Sa peau métisse lui donnait un goût d'exotisme .

-En fait je fuis un rendez-vous justement .
-Ah... Quelqu'un d'importun?

Il claqua la langue d'un air désapprobateur et finit son verre cul-sec .
-Ma petite amie .

Elle haussa les sourcils et eut un sourire amusé. Elle posa sa main sur son bras .
-Vous ne l'aimez pas?
-Ah ça, si je l'aime et c'est justement le problème...
-Comment ça,je ne comprends pas...

Il soupira . Il était à New-York, aux États-Unis et voilà qu'il se confiait à une fille dont il ne connaissait même pas le nom . C'était peut-être cela qu'il cherchait au fond . Quelqu'un ne connaissant rien de la situation, qui ne serait pas en mesure de le juger, de le pointer du doigt . De lui rappeler combien il était lâche d'avoir abandonné ainsi Olivia alors qu'elle avait été remplie de bonnes intentions en lui faisant cette surprise . C'était cela qu'il était venu chercher, c'était le destin qu'il l'avait amené dans cet hôtel, dans ce bar particulièrement: pour ces oreilles attentives qui étaient prêtes à l'écouter . Et à le conseiller.

-Supposons que vous êtes quelqu'un de connue, heu...
-Daisy .
-Oui voilà Daisy . Supposons que vous êtes une personne célèbre, une mannequin par exemple . La clef de votre succès c'est votre physique . Mais vous êtes accro à la nourriture . Vous savez que ce n'est pas bon pour vous mais vous continuez à manger parce-que vous ne pouvez pas vous en empêcher, c'est si bon . Vous voulez le beurre et l'argent du beurre, vous pensez que vous avez le droit à ce bonheur . Manger sans prendre du poids . Mais votre manager vous rappelle à l'ordre . Il faut arrêter de manger, cette nourriture vous rend heureuse, vous aimez cette nourriture mais elle n'est pas bonne pour votre carrière . Dîtes moi si vous ne comprenez pas ce que je dis hein, je suis allemand... Pourquoi doit-on forcément faire des choix? Avoir à choisir entre deux choses que l'on aime? Personne ne devrait demander à quelqu'un de choisir entre sa carrière et sa nourriture tant aimée.

-.... Attends, si j'ai bien compris tu es train de comparer ta petite-amie à de la nourriture?
-Heu...

Il écarquilla les yeux et éclata de rire, suivit de Daisy . Il commanda deux autres verres, un pour chacun, le sourire aux lèvres . Il n'avait jamais été doué en métaphore .

-Ah, mais là il faudra que je le raconte à mon meilleur ami, ricana Daisy en se tenant le ventre . Toi alors t'es un sacré phénomène, continua t-elle en le pointa de son verre .
-Je sais... Il sourit .
-Je vais te dire ce que tu dois faire . Ta petite-amie t'a rencontré alors que tu étais une star, elle t'as aimé alors que tu l'étais, alors elle doit t'accepter pour ce que tu es maintenant qu'elle est avec toi . Lorsqu'on rencontre quelqu'un, on ne doit pas lui demander de changer, parce qu'une fois que ce sera fait elle te sortira un "t'es plus comme avant" . Puis ton agent, ton manager ou je sais pas quoi c'est un gros con . Parfois on peut allier vie privée avec sa carriere, donc tu peux continuer peut-être -j'ai bien dis peut-être- sans de conséquences. Ou pas . Mais la vie c'est prendre des risques, tu ne peux pas faire un choix entre ta petite-amie et ta passion .
-J'ai peur pour elle . Je pensais que je pourrai continuer ainsi sans problème, mais je... je vois que c'est de plus en plus difficile . Tu sais j'ai des fan, et elles sont possessives donc je ne peux dire à personne que je... que j'ai une petite-amie. Ce secret ça nous ronge, lentement, comme un parasite . On avait la prétention de croire qu'on était au dessus . La prétention de croire qu'on était intouchable, on vivait dans notre bulle, oubliant que la terre continuait à tourner . Mais ça n'arrive pas qu'aux autres . Et David, oups pardon, mon manager, m'a rappelé à l'ordre . Il n'a pas clairement imposé d'ultimatum, mais c'était sous-entendu . Je dois arrêter de la voir en travaillant... je ne peux pas avoir les deux ... Il plongea sa tête dans ses mains un instant, puis la releva . Daisy le regardait ouvertement et se pencha vers lui:

-Le plus important est: qu'est ce que tu veux, toi?

Il sourit .

-Ce que je veux? Fumer une bonne cigarette .


*


La porte était fermée, la pièce plongée dans le noir . Le silence cognait dans ses tempes tel un bruit sourd. Aucun mot de Tom n'avait pu la réconforter, la sortir de son mutisme . Ni aucune parole ou regard compatissant de Gustav, aucune mélodie à la guitare jouée par Georg . Elle était venue ici pour le voir, et il était parti .

Il l`avait abandonnée . Et lâchement qui plus est . Voilà comment elle voyait les choses .

Après que Bill soit parti et qu'ils aient compris qu'il ne reviendrait pas de si tôt, ils étaient allés dîner au restaurant, puis ils avaient pris un verre dans un bar branché . Ils avaient visité New-York et elle s'était rendue compte qu'elle ne pensait plus à lui . Que l'effervescence de cette ville qui ne dormait jamais l'électrisait trop pour qu'elle se morfonde à cause de lui . Elle se laissait vivre, s'abandonnait . Elle avait l'impression de se retrouver . Elle se fit cette remarque, lorsque, dans Central Park ils s`arrêtèrent écouter un groupe de musique qui jouait Wonderwall de Oasis . Bill n`était pas là, il ratait ce précieux moment . Elle se rendit compte que son absence ne laissait plus ce vide immense .

La porte était fermée, la pièce plongée dans le noir . Le silence cognait dans ses tempes tel un bruit sourd. Elle était venue ici pour le voir, et il était parti . Elle savait que les garçons étaient dans la pièce d`à côté, dans la même suite . Elle savait que Bill venait de rentrer puisqu'elle avait entendu la porte d'entrée claquer et Tom élever la voix . Mais elle n'avait rien voulu entendre . Avait allumé son I-pod et lancé Hot N cold . Puissance maximale . Pour oublier, s'isoler du monde qui l'entourait . Qui n'a jamais fait ça? Elle se leva, ouvrit les rideaux en grand bien qu'il fasse nuit noire, alluma la lumière de la chambre, et de la salle de bain. You`re in & you`re out . You`re yes and you`re no . Bill était pareil . Il ne savait jamais ce qu'il voulait, et au lieu d'affronter les problèmes, il les fuyait . Sans s'expliquer . Et cette fois ci elle n'allait pas laisser passer .

Don`t dream it`s over Bill .

Il ouvrit la porte, sa silhouette apparue et emplie la pièce de son charisme . Elle lui tournait le dos mais elle devinait qu'il s'était figé en la voyant brancher son fer à lisser et sortir sa trousse de maquillage tout en se dandinant au rythme de la musique . Elle ne lui accorda aucune attention, les yeux rivés vers ses cils qu'elle appliquait de mascara noir .
Bill observait la scène, ne sachant par quoi commencer . Il n'arrivait pas à savoir si elle était furieuse, ou si elle s'en foutait . Pourquoi elle se préparait alors qu'il était une heure du matin . Il avait l'impression d'avoir la gorge nouée . Chanter devant des milliers de personnes il en était capable, mais expliquer à sa copine pourquoi il avait lâchement fuit alors qu'elle était chargée de bonnes intentions en venant lui faire une visite surprise, il en était incapable . Sûrement parce-qu'il n'expliquait pas la vraie raison . Et parce-qu'il n'avait aucune excuse .

-Ollie...

Bon, aucune réponse . Il fallait essayer autre chose . Il se retourna: Tom lui lança un regard dédaigneux signifiant "je te l'avait bien dit tu crains mon pauvre" . Il ferma la porte et tenta une approche vers Olivia, qui maintenant se lissait les cheveux, bien que déjà lisses de nature .

-Je suis désolé . Je sais pas quoi dire .

Silence . ______________ Il fronça les sourcils . Il détestait qu'on l'ignore . Elle pouvait quand même arrêter de faire comme s'il n`était pas là et lui montrer qu'elle l'avait entendu, merde ! Au moins lui dire "désolée, Bill c'est trop tôt pour que j'accepte de te parler" . Mais non , rien . Puis il comprit : elle écoutait sa musique et n'avait rien entendu . Bon, ce n'est pas comme s'il s'était tué avec un discours préparé à l'avance, mais bon quand même . Il lui enleva les écouteurs des oreilles, agacé .

-MAIS OH ÇA VA PAS NON?

La violence de son ton fit reculer Bill d'un pas . Elle lui arracha ses écouteurs des mains et lui lança un regard qui le figea sur place .

-Ollie, heu... je suis désolé pour tout à l'heure, je veux juste parler, je ne sais pas ce qu'il m'a pris, il faut qu'on discute je crois c'est important, bégaya t-il en déballant ces mots sans reprendre la respiration .

-On aurait pu parler tout à l`heure, Bill . répliqua t-elle d'une voix posée qui le surprit . Je suis venue de France. Tu sais combien ça fait de kilomètres . Exprès pour qu'on se parle . Qu'on puisse même faire plus que ça . Mais tu es parti, et maintenant c'est trop tard, je ...

-Mais... Il s'arrêta, cherchant ses mots, sentant qu'il perdait complètement le contrôle de la situation . Qu'elle lui filait entre les doigts . Oh putain Ollie pardonne moi je suis con, écoute moi ! Je ...

-Oui tu es con . Pardonne moi , pardonne moi et blabla . Tu crois que c'est aussi facile ? Réfléchis sur le pourquoi du comment . POURQUOI tu es parti, pourquoi tu as écouté David au lieu de lui dire que j'étais plus importante que tout pour toi . Tu appelles ça aimer Bill? Tu m'as tourné le dos . Vu comme ça j'exagère peut-être , mais tu es parti alors que je suis venue vers toi. Tu m'as déçue Bill, oui horriblement déçu . Et maintenant c'est moi qui m'en vais, alors tu m'excuseras mais tu es posé devant mes bagages, alors tu serais mignon si tu te poussais ...

Il se décala sans vraiment comprendre à ce qu'il se passait . Il savait qu'il devait dire n'importe quoi, faire quelque chose, pourvu qu'il puisse la convaincre de rester . Mais il céda à la panique, et la regarda de ses yeux exorbités enfiler son manteau .

-Comment la situation a t-elle pu dégénérer à ce point? Hier tout allait bien entre nous, je ...
-C'est ce que je croyais aussi Bill . Mais t'es sérieux là ? Alors pourquoi si tout était si BIEN tu es parti la queue entre les jambes dès que t'as pu hein? T'avais pas l'air si heureux de me voir tout à l'heure, hein ? Même les pigeons de New-York m'ont réservé un meilleur accueil ! Tu as dis que tu te battrais pour moi ! Que tu ne laisserais pas David se mêler et t'as tout gâché par toi même !

D'un air rageur elle saisit ses deux sac et sortit son portable de la poche de son trench . Il ne comprit pas ce qu'elle disait parce-qu'elle se mit à parler en français, mais il comprit qu'elle partait définitivement .

-Ollie tu ne vas pas partir comme ça, il est bientôt une heure et demie, reste dormir au moins là, c'est pas prudent la nuit à New-York!

Elle se retourna et le regarda d'une telle façon qu'il sentit son c½ur faire un bond . Ses yeux n'exprimaient pas de la colère, non . Mais une peine immense . Il l'avait déçu . Mais vraiment . Quoi de pire que baisser dans l'estime d'une personne qui vous est chère?

-Je vais en boite Bill . J'ai des amis mannequins à New-York, moi. Même si je ne suis pas une rock-star je passe ma soirée ailleurs qu'à un hôtel, moi.
-Merci Ecrevisse .
-De rien Tom . elle sourit . Je vous ai dit que vous pouviez venir mais vous avez refusé je te rappelle . Bon .

Elle se pencha sur chacun des garçons pour les embrasser . Sauf Bill . Il resta debout, figé . Elle ouvrit la porte et lui lança un dernier regard avant de partir et de refermer la porte derrière elle .

Clac .______________ Paf . Crac . Boum .


Lendemain . February 19th – New York City, USA – The Filmore at Irving Plaza .



Bill .


-C'est bon David laisse moi ! Je le repousse avec colère et m`éloigne le plus possible en bousculant Tom au passage . Je traverse notre loge et me précipite vers les toilettes . Une simple salle, sans fenêtre, avec un lavabo et un miroir . Parfait . Je ferme la porte à clef et m`assois sur la cuvette, en plongeant ma tête dans mes mains .
-Bill? ____________________ Quelqu`un toque à la porte . Tom .

Je ne réponds pas, je ferme les yeux . Les coups persistent . Je soupire et marmonne:
-Laisse moi .

Il comprendra . Il le sait . Il ressent exactement la même chose de toute façon . Nous sommes pareils lui et moi . Nous plongeons dans le même précipice . On fonce droit dans le mur, ensemble . Au lieu de ralentir, on accélère . Je renifle, et me relève difficilement . Je chancelle, me retiens au lavabo tout en essayant de ne pas croiser mon regard dans le reflet du miroir, de ne pas voir ce que je suis devenu . Je sais que sinon je réaliserai, et ça je m`y refuse . Je me passe de l`eau sur le visage, de façon à clarifier mes idées . _________ Qui sait, peut-être retrouverai un jour la raison .

*

Les répétitions sont terminées, j`ai mal chanté, comme d`habitude, mais je suis confiant . Tout se passera bien le soir venu, l`adrénaline, et l`excitation me donneront la force . Les concerts, c'est la seule chose dont je ne me suis pas lassé . Le reste c`est de l`usure . Nous qui fuyons le quotidien, et bien la vie nous a joué un tour .
J`ai mal au c½ur . Les gens pensent que je suis prétentieux, que je suis une diva, que j`ai pris la grosse tête . Peut-être que c`est vrai, mais j`ai un grand manque de confiance en moi . On attend tellement de choses de moi, je ne me sens pas à la hauteur . Tant d`espoir que les gens place sur nous, et le groupe . Je prends tout sur les épaules, et c`est trop lourd, trop dur pour que je puisse surmonter ça . Je ne suis pas seul, mais je suis le plus exposé. Au début j`aimais ça, mais à force de faire de l`ombre j`ai été aveuglé par la lumière des projecteurs . J`en ai la mâchoire qui grince à trop me forcer à sourire . J`ai de moins en moins le regard qui pétille, je suis comme mon maquillage : superficiel . Tout cela, ça ne fait plus autant partie de moi, ça en devient comme un déguisement._______________ Ce n`est que comédie, supercherie .

Minuit passé . Chambre d`hôtel, pour changer . Je suis assis dans le noir, la seule lumière provient de ma cigarette . J`adore cet effet, la bouger dans tous les sens, tracer des cercles de feu dans l`air . C`est hypnotique . La fumée me fait du bien . Je ferme les yeux, la musique s'est arrêtée depuis longtemps, je n`en m'étais même pas rendu compte . Je me relève du fauteuil et saisis mon ordinateur portable, et m`installe avec sur le lit immense de ma suite . Le silence, quelle luxe . Je me laisse aller, à ne rien faire, juste écouter ce vide, ce calme bourdonnant . Quelques cris se font plus loin, des rires, des paroles . Je devine leurs propriétaires . Je me lève, écarte les rideaux et les observe . Elles sont là pour nous, emmitouflées sans leurs couvertures de survie, à fumer, boire, dormir, parler . Espérer, rêver . Tom a souvent prit l`habitude de les regarder tard dans la nuit, et de parfois même leur adresser un signe de main. Si simple, mais elles sont heureuses pour longtemps grâce à ça . Moi je ne le fais jamais, je suis trop souvent occupé . En mal . Je ne veux pas m`étaler la dessus . Ce soir donc est une exception, sans doute parce que j'ai enfin dit tout haut à David ce que je pensais tout bas . Peut-être est ce un signe, que je suis en train de remonter la pente? J`ai envie d`y croire, d`y voir une lueur d`espoir . Néanmoins je sais pertinemment que j'ai détruit ce seul espoir . Elle . Ma Olivia .Elle était ma lueur . Mon étoile . J'ai pourtant cru avoir la force . Mais je n'y arriverai pas seul . J`ai besoin d`elle pour survivre dans la musique . Et paradoxalement notre couple a besoin de cette liberté que la musique enlève à ses dépends . __ Je sais qu'il est tard, mais je veux l'appeler . De toute façon avec le décalage horaire, il doit sûrement être l'après-midi en France . J'appuie sur le petit téléphone vert, et enclenche le haut-parleur . Je sais qu'elle ne va pas répondre, je vais avoir pour seule amie la sonnerie persistante . Les quatre bip . Je le sais parce-que c'est la quatorzième fois que je l'appelle . Enfin , chut . Écoutez, ___Bip . __Bip . __Bip . __Bip . Messagerie . « Bonjour vous êtes bien sur le portable d`Olivia, mais je suis partie en Grèce, je vous rappellerai à mon retour en France, donc laissez un message . »

QUOI QUOI QUOI?

Elle a changé de messagerie . Elle a CHANGE de messagerie . Mon c½ur bat à vive allure . Une clope, j'ai IMPÉRATIVEMENT besoin de cigarette . La Grèce . Avec ALEXANDRE à coup sur . C'est pas possible . TOM . Il faut que je parle à Tom .
Oui mais Tom dort . Crevé par le concert de ce soir . Il faut que j'aille en Grèce . POURQUOI est-elle partie en Grèce alors que la tournée européenne de Mars approche? Quand va t-elle rentrer? Pourquoi ne me répond t-elle pas?

Je suis seul . Reste juste cette mélancolie . Je suis l'idole de milliers de jeunes, je suis placardé sur des milliers de mur, je suis connu mondialement, je suis un modèle et un icône, je suis Bill kaulitz . __________ Et pourtant ce soir , je ne suis rien .

# Posté le vendredi 08 mai 2009 22:08

Modifié le lundi 03 août 2009 19:29

Chαpitre 53 .Beyonce « You`re the only one I wish I could forget,The only one I`d love to not forgive . »

Chαpitre 53 .Beyonce « You`re the only one I wish I could forget,The only one I`d love to not forgive . »
Alexandre .


Imaginez . ___________ Du soleil, des cocktails, la mer, le sable fin, la chaleur, le ciel bleu, le bruit des vagues, la senteur du monoï, les lunettes de soleil sur le nez .

Le paradis , non?


-S'il vous plait, encore un . Je tends mon verre à Miss Beddle, l'assistante de mon père . Enfin une de ses assistantes . On l'a emmené avec nous comme ça elle peut rendre visite à sa famille qui habite aussi en Guyane . Au passage, j`adore l`Amérique du Sud .

-Tu penses quoi de l`Argentine comme prochaine destination?
-Mmm mmm .

La lady blonde allongée sur le transat à ma droite semble à moitié endormie . Un magasine Vogue sur son visage pour se protéger du soleil, elle expose son corps presque nu au soleil ainsi qu'à mes yeux, comme pour m`aguicher . Comme si je n'avais pas vu mieux . Comme si j`étais de ce genre de mec qui bave dès qu'il aperçoit un bout de chair . Comme si je ne visais pas vers plus raffiné, plus luxueux . Enfin, passons .

-Ou sinon le Chili . C'est sympa aussi .

Je sais pertinemment que Olivia n`écoute pas ce que je raconte . En même temps qui pourrait lui en vouloir? C'est une conversation totalement superficielle que je tiens dans le seul but de l'agacer . Elle n'a toujours pas récupéré le décalage horaire, peuchère . Je me lève d`un seul coup et m`approche d`elle. Elle ne s'est pas encore aperçue de ma présence Je lève mes lunettes Rayban au dessus de la tête et saisis le tube de crème .

-Tu veux que je t'en mette où, Olive? Je murmure dans son oreille . Elle sursaute et se redresse d'un seul coup . Mon visage se fend d'un large sourire .
-Mais ça va pas la tête?
-Mais ça va pas la têteuh? Je l`imite . Elle me lance un regard noir auquel je réponds par un sourire narquois .
-Mais t'es vraiment perdu comme mec !
-Chut chut . C'est toi qui est perdue jeune fille, s'exposer comme ça est dangereux pour ta belle peau, tu risquerais d'attraper un vilain coup de soleil ... Je hausse un sourcil . A moins que Boule préfère les filles à peau rouge, je ne sais pas vu ses goûts douteux ...
-BILL . C'est BILL ! Elle enfile sa robe d'un air rageur . Vivement que ce soit finit ce boulot parce-que tu es vraiment INSUPPORTABLE .
-Oh, moi aussi je t'aime ...

Je la regarde s'éloigner .

-N'oublie pas ce soir c'est fête locale !

Elle se retourne : une brise légère soulève sa chevelure dorée . Je pourrais presque dire qu'en cet instant elle est belle . Presque .

*


Olivia .


La Guyane . J`ai l'impression d`être dans un autre monde . On est au mois de Février et c'est l`été . Après la Grèce et un repas de convention où je devais jouer la petite amie d`Alexandre (qui HEUREUSEMENT ne m'a pas embrassé, juste tenu la main - ce qui était déjà bien assez-) nous nous sommes envolés pour l`Amérique du Sud . J'ai envoyé un mail à Tom pour lui expliquer que j'en avais encore pour quinze horribles jours . Que je serai donc rentrée pour leur tournée française . Mais ne me suis pas expliquée concernant Bill . Parce-que je ne sais pas quoi penser . J`ai mis les voiles . ______ Je vais profiter de ce séjour pour faire le point . Sur mon couple, mon amour pour lui, lui pour moi . Ça me fait du mal de penser à tout ce qu'il s'est passé . J'ai emporté avec moi pour bagages mes incertitudes . Et j`espère les laisser en Amérique, et revenir en France la tête claire . Je vais essayer d'ignorer Alexandre le plus possible, oublier qu'il a de ces yeux . Différent de ceux de Bill, qui avait un regard qui me chamboulait, me faisait trembler, me mettait en émoi . Enfin pourquoi parler au passé . Pourquoi comparer . Alexandre est un aristocrate de base, un londonien et fier de l`être . A la mâchoire carrée, le nez droit mais des traits pour autant non efféminés . Un corps à baver - j'ai observé discrètement tout à l'heure sur la plage- , un air suffisant hautain qui m'intimide, malgré moi . Quand il me regarde c'est comme ça, je me sens toute petite . Comme si j'avais un défi à relever . Néanmoins il est si étrange . Ce sourire de vainqueur qu'il affiche constamment . Ou narquois . Ou provocateur . Des mains larges, des doigts fins que je revois danser sur les touches du piano . Il devrait être acteur, il en a totalement le physique si ce n`est le talent. Et puis ses yeux un jour gris, l'autre verts . ____ Les baisers de Bill me manquent, je dessine mentalement les contours de son visage . Ses yeux en amande si expressif fardés de noir qui vous mettent à nu . Son sourire enfantin, ses fossettes qui se creusent dans ses joues . Son rire (...) --- Subitement j'ai envie de pleurer . Parfois je me sens brisée . Comme si je nageais dans le brouillard, que je ne retrouvais plus ma place . J'ai perdu mon équilibre . Bill est mon pile, il est mon Ying, il est mon double . Celui qui est là pour me faire comprendre que j'ai une place dans ce monde . J'aimerai entendre sa voix, une nouvelle fois . Qu'il soit là . Mais pourtant, je ne peux comprendre pourquoi il m'a tourné le dos en Amérique . _____ Je secoue la tête . Il fait une chaleur étouffante dans mon bungalow, je m'assieds sur la chaise de mon bureau et tape sur le clavier de mon ordinateur les mots qui me viennent à l`esprit .

Tu me manques, Bill, tu me manques, malgré tout ce que tu me fais, je ne peux penser à quelqu'un d'autre que toi, parce que tu me hantes . Oui tu me hantes . Et j'en suis désolée pour ça . J'aimerais qu'on efface tout et qu'on recommence . Je sais au fond de moi que tu n'as pas voulu me blesser volontairement mais que tu te sens perdu . J`ai l'impression que c'était hier que j'ai vu ton visage . Je te vois dans ma tête . Je ferme les yeux et tu es là . Où que je sois, tu es là, à mes côtés . Tu me prends dans tes bras, tu me dis une ces phrases en allemand dont tu as le secret dans l`oreille et tu me serres fort contre toi . Comme si tu ne voulais plus jamais me laisser partir . Pourquoi l'amour parfois ne suffit-il pas? On pensait qu'il serait plus fort que tout . Pourquoi on ne peut pas s'aimer librement, le crier sur tout les toits? Crier au monde entier combien je t'aime? ___ Pourquoi on ne peut pas vivre comme un couple d'adolescents normal ? ___ Parce-qu'on est pas normal, oui je sais . Je ne t'ai jamais dit que je t'aimais , j'attendais le bon moment . Tu sais celui où on n'a pas besoin de se le dire pour le comprendre, et pourtant j'ai maintenant l'impression qu'il est trop tard . Qu'on ne peut plus reculer . Qu'un nouveau chapitre est entamé dans notre histoire . J'aimerais pouvoir te regarder droit dans les yeux et te dire tout ce que je pense .

J`ai embrassé Tom . Ton frère Bill . Ta moitié . Ton jumeau .

Tu devrais me détester pour cela, tout comme je me déteste . Au fond, le pire dans tout çα c'est que non, je ne me déteste pas. Je n'αi pαs eu l'impression de te trαhir . Je ne culpabilise, je ne regrette pαs . Alors pourquoi dès que je vous vois ensemble Tom et toi, je ne peux m`empêcher d`y penser ?
Bill, j'aimerais qu'un jour tu me regardes dans les yeux et que tu me dises que tout est terminé . Qu'il existe un monde où tu n'aurais pas à choisir entre la Musique et moi . Tes fans et moi . Un monde ou le tout pourrait coexister . La musique t'abandonnera un jour Bill . Ça va , ça vient . Ou tu l`abandonneras. Je ne t'abandonnerai pas, tu es mon âme s½ur . Mais peut-être qu'un jour je prendrai cette décision que nous aurions dû prendre dès le début . Tu es fait pour être sous les projecteurs . Et il n'y a pas de place pour moi . Un jour, peut-être que je me retirerai . Par amour pour toi . Pour qu'au moins toi , tu restes dans la lumière .

-Olivia?

Je sursaute . J`enregistre rapidement mon document et referme mon ordinateur portable . Je me retourne: Alexandre .

-On part dans une vingtaine de minutes en Jeep, met n'importe quelle tenue ils t'en donneront une là bas de toute façon pour la fête, et puis... mais tu pleures?

Il s'approche et se met à genoux devant moi, me prenant les mains . Je les repousse, tout en retenant un sanglot .

-Alex, non c'est bon, ça va, laisse moi , je murmure, tournant la tête pour ne pas qu'il voit la larme qui coule le long de ma joue droite .

-Attends . Il saisit mon menton à la fois avec fermeté et douceur et m'essuie le visage avec un mouchoir. Tout cela avec grande application . Voilà . Il se redresse et regarda sa montre: plus que quinze minutes, allez tu es déjà en retard .

Et comme si de rien n`était il ressort du bungalow de sa démarche grandiloquente .

*

Venez avec moi, là où je vous emmène . Il fait nuit, les grillons chantent, la mer gronde à deux pas . Le sable est blanc, le ciel étoilé . Des rires se font entendre. Une musique s'échappe des paillotes en bois. Approchons nous. Les lumières fusent, les gens dansent . Observez .

Olivia ferma un instant les yeux . A tâtons, sa main remonta le long de sa hanche, son ventre, jusqu'à son cou. Du bout des doigts, elle caressa la texture des fleurs sauvages formant son collier . Elle l'amena jusqu'à son nez et en huma le parfum exotique . Elle rouvrit les yeux: Alexandre était dans son champs de vision, en face d'elle, à l'autre extrémité de la pièce . Il leva son verre dans sa direction tout en lui adressant un signe de tête: elle l'ignora délibérément et alla faire remplir sa noix de coco de ce délicieux cocktail qu'elle venait de découvrir .

La soirée était à l'image de ce village de Guyane: chaleureuse, colorée, épicée, exotique, tout simplement . Tout était si différent de l'Europe, ici personne ne regardait comment elle se tenait, comment elle était habillée. Peu importait les convenances, tout le monde était poli et convivial, sans aucune pudeur. Si le doyen du village avait envie de danser du reggae avec elle, personne n'y trouverait quelque chose à redire .
Une fille à la peau métisse et aux cheveux nattés s'approcha d'Alexandre tout en bougeant son corps au rythme de la musique . Elle lui sourit et lui prit la main, l'emmenant à travers les tables, puis devant la scène, pour danser . Il chercha du regard Olivia, l'appelant silencieusement à l'aide . Mais celle-ci éclata de rire, levant son pouce en sa direction. Il soupira et se mit à bouger son corps tout comme sa cavalière, sur la musique traditionnelle de Guyane, endiablée et sulfureuse .
En reconnaissant la chanson Kitsch Funcky Town Olivia poussa un cri de joie, et leva les bras en l'air . Elle ne savait pas si c'était la surprise d'entendre cette musique dans un pays aussi éloigné de son continent ou les souvenirs que cette chanson contenait, mais elle s'empressa de retirer ses talons des pieds et de les déposer dans le sable pour aller rejoindre les autres sur la piste de danse improvisée.
Ses lèvres esquissaient un sourire continu . Qu'elle ne pouvait arrêter tant cette chanson lui procurait ce genre d'émotions qu'on a du mal à oublier . Cette sensation unique, qui ne se reproduira pas si on relance la musique. Celle du moment, de l'instant présent, qu'on saisit du bout des doigts . Cette chanson a un goût de passé, d'années 7O, cette époque dans laquelle elle aurait aimé vivre . Quand elle écoute cette chanson elle se sent ailleurs, telle une autre personne. Elle se projette dans un autre lieu, dans une tout autre époque. Mais cette chanson c'est aussi sa vie d'avant . Celle qu'elle n'évoque jamais. Même pas à Bill. Cette vie qu'elle avait avant de s'installer à Paris. Sa vie avant sa majorité. Cette vie qu'elle avait enfouie dans un trou, sans jamais creuser à nouveau. Et voilà que cette chanson faisait remonter tous ces souvenirs à la surface, mais curieusement, ils la rendait heureuse . Ce n'était pas parce-qu'elle avait un passé noir qu'elle n'osait le faire resurgir, bien au contraire . Mais pas crainte de regretter, d'être nostalgique. Cette musique c'était ses amis, sa famille, son ancienne vie . Celle qu'elle était . Cette musique l'emportait loin, très loin . Elle s'envolait avec, s'épanouissait. Elle oubliait tous ses soucis, oubliait Bill, son rôle avec . ll n'y avait plus qu'elle . Et ces notes, ce rythme, cette musique. Et son corps qui dansait . Sa voix qui chantait les paroles à tue-tête. Ces personnes à ses côtés partageant sa joie . Ce moment d'exaltation . D'abandon. Elle était ce qu'elle était, et elle était fière d'être devenue cette personne aujourd'hui .

*

-Olivia, attends!

Elle se retourna, elle vit qu'il avait couru pour la rattraper.

-Où vas tu comme ça? Lui demanda Alexandre, essoufflé par sa course.
-Nulle part, elle haussa les épaules .
-Évite de partir comme cela sans prévenir, je me suis fais du souci...
-Oh, pour une fois, tu as pensé à autre chose qu'à ta petite personne, répondit-elle sarcastique, tout en reprenant sa marche .
-Non sincèrement, où vas tu comme ça?

Elle se retourna: il était là debout devant elle à attendre, comme si ce qu'elle avait à dire comptait réellement à ses yeux . Il ne portait pas de costume aujourd'hui, pas de ses fidèles chemises avec cravate et veste noire, non. Mais une simple chemise de ville et un bermuda, ce qui lui donnait un air davantage commun. Elle lâcha les chaussures qu'elle tenait à la main en un soupir et plissa des yeux.

-Je me baladais. J'aime la plage la nuit, observer les étoiles, sentir le sable sous mes pieds nus, écouter le bruit des vagues...
-Tu me permets de t'accompagner pendant ta petite promenade pour me faire partager ce plaisir? Il lui sourit d'un air contrit .
-Non désolée. Elle haussa les épaules et lui adressa un large sourire. Depuis quand sommes nous amis toi et moi Alexandre? Sur ce, elle se retourna et reprit sa marche, le laissant derrière lui.
-Depuis toujours! Lui cria t-il. Dans tes rêves les plus fous!
-C'est ça! C'est toi qui rêve ! Et elle éclata de rire .

*

Bill .


-Je vous résume : ce que je veux pour cette nouvelle tournée, c'est davantage d'empreinte vocale et musicale... Ce que je veux c'est qu'à peine au bout de trois secondes, de quelques notes, les fan sentent des frissons et la chair de poule ! Pour ponctuer ses paroles, leur directeur artistique tapa son poing sur la table, ce qui les fit tous sursauter.
-Très bien, merci! Nous allons maintenant laisser la parole à notre chère assistante ! Ajouta David en refermant son dossier.
-Très bien . Pour conclure je pense que nous sommes prêts pour cette nouvelle tournée européenne : nous attaquons donc par les pays de l'est et finissons par ceux de l'ouest. J'ai remarqué que les fans se font de plus en plus oppressants, je suggère donc de renforcer la sécurité, un seul mot et ce sera chose faite. Sinon si les garçons ont quelques services à me demander, n'hésitez pas, je suis là pour ça...
-Merci bien, conclue David. N'oubliez pas d'aller régler les problèmes avec la comptabilité, merci... Sinon Bill au niveau du planning, tu le trouves comment? Assez léger ou pas?

___Il faudrait que je signale à notre assistante les problèmes que m'a posé ma carte bleue hier soir. Enfin ceux que j'ai causé de moi même plutôt. Quoique après tout, quelle idée de donner un code confidentiel aussi compliqué ! Reste que hier soir vers une heure du matin, en rentrant d'un bar près de l'hôtel je n'étais plus en état pour taper correctement le code ma carte bleue . Du coup je l'ai bloqué. Ce qui fait que je n'ai pas pu acheter ce maudit billet d'avion pour la Grèce. Je devrais demander à David de s'en occuper, et d'appeler la banque pour moi. De façon à être la semaine prochaine en Grèce et revenir ici avec Olivia.

-Bill?

Je sursautai: tous les regards étaient rivés sur moi.

-Heu, oui oui.. bredouillai-je sans aucune idée sur ce que l'on venait de me demander.
-Parfait! S'exclama David en se levant. Il rassembla tous les dossiers et les donna à sa secrétaire. Merci à tous, la réunion est finie, passez une bonne fin de journée!
-Ciao! Lança Georg et en quittant la place en un éclair.
-Pourquoi il est si pressé le Georginet? demandai-je à Gustav.
-Apparemment il a un rencard...
-Oh. Je me sentis bizarre tout à coup. Tu fais quelque chose ce soir Gus? Ça te dit un ciné?

Gustav m'afficha un sourire contrit:
-Désolé, je dois aller dîner chez mes parents . Je pense que tu vas devoir trouver une occupation pour ce soir... Bon je dois y aller, bye!

Il me tapa dans la main, me laissant déboussolé. Depuis quand Bill Kaulitz n'a rien de prévu un jeudi soir ? Je sortis de la salle de réunion, pris l'ascenseur, et sortis du bâtiment, cherchant Tom du regard. Je le trouvai, sous un parapluie, en train de fumer . Je traversai la route rapidement pour m'abriter sous son parapluie, à ses côtés. je fouillai dans la poche de mon manteau pour trouver mon paquet de cigarettes, sans succès.

-T'as pas un briquet? Bredouillai-je, la cigarette enfin dans la bouche.

Tom hocha la tête:
-Je l'ai emprunté à la jolie demoiselle à ta droite.
-Tenez.

Je tournai la tête: une jeune fille dissimulée derrière des lunettes noires me tendit son briquet bleu à pois blanc, je la remerciai d'un signe de tête.

-Tu fais quoi ce soir? Demandai-je à mon jumeau tout en crachant un nuage de fumée.
-Je prends l'avion...
-Pour?
-Pour Paris....

Encore une fois cette sensation que je ne saurai décrire m'envahit.

-Paris? Mais putain qu'est ce que vous avez tous là? Je vais faire quoi moi tout seul ce soir? Je ne pus m'empêcher de faire remarquer avec agacement. Pourquoi tu vas en France, merde?
-Quelle vulgarité... Je dois aller voir Ange, il me semble te l'avoir dit, mais tu devais être trop occupé à te complaire dans ton malheur pour m'écouter. Elle doit me parler d'une chose importante, donc Paris me voilà. Je t'avais dit qu'aucune fille ne pouvait me résister. Il me donna une tape sur l'épaule en ricanant et écrasa sa cigarette sous son pied .
-Ouais bon... Ange folle de toi... Si un jour tu me dis que tu es arrivé à la faire changer d'avis, je voudrai bien te croire mais je ne me pourrai m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de louche la dessous...
-Ahlala tu es tout simplement jaloux, frérot. Sur ce, je dois y aller, j'ai mes bagages à faire... A demain alors!

Il m'ébouriffa les cheveux, emportant avec lui son parapluie, me laissant ainsi seul sur le trottoir, sous le déluge.

-Viens sous mon parapluie si tu veux, me dit une petite voix.

Je me retournai: la fille à ma droite se décala légèrement, me faisant un peu de place à ses côtés, je m'y précipitai.

-Merci, grelottai-je. De toute façon ma cigarette est éteinte...
-Je sais, et c'est mon briquet que tu as dans ta main.

Je relevai la tête, croisant son regard.
-Oups, désolé.
-C'est pas grave, elle tourna la tête timidement.
-Dis moi, je suis seul ce soir, tu as quelque chose de prévu?

*

Les feux d'artifices éclatent dans le ciel . Ils applaudissent avec enthousiasme . Olivia observe cela de ses yeux émerveillés . Elle jette un coup d'½il à Alexandre: il a abandonné son air hautain, son regard blasé, pour un sourire sincère. Son visage est éclairé à chaque fois qu'un feu d'artifice éclate, dévoilant la perfection de ses traits . Il applaudit en riant . Il a une mèche devant ses yeux, mais il n'y prête pas attention. Olivia lui sourit . Pour la première fois de la soirée c'est elle qui le regarde, qui cherche son attention. Elle lui fait signe de la main, il lève un sourcil étonné . De la tête elle lui demande de le suivre. Elle ne peut pas s'empêcher de marcher sur le sable, en bougeant ses fesses au rythme de la musique, toujours ce sourire aux lèvres, qui ne l'a pas quitté. Non pas encore . Can't take my eyes off you maintenant . Elle se met à chanter "I love you baby" tout en se dirigeant vers la mer . Elle se retourne vers Alexandre et lui sourit malicieusement: elle s'attendait à le voir l'air perplexe, mais non. Il a compris . il a déjà enlevé sa chemise, son short: il se trouve à présent nu à l'exception de son caleçon et de son collier qui repose sur son torse musclé . Elle lève les yeux au ciel pour observer le bouquet final . Elle éclate de rire, encore et encore . Retire sa robe et la passe au dessus de la tête, lentement . Et se met à courir, courir, courir. Alexandre fait de même . Alors que le feu d'artifice monte en crescendo, tout deux se jettent corps et âme dans l'eau chaude, et tournoient dans cette eau transparente, comme animés par un feu intérieur . Comme si la musique, les feux d'artifices étaient en harmonie avec eux-même .

Olivia a la tête reposée sur ses genoux mouillés, les bras tout autour, comme si elle formait un bouclier . Alexandre sort de l'eau à son tour, et la rejoint sur le sable. Il secoue la tête et quelques gouttes de ses cheveux noirs éclaboussent Olivia, elle le repousse en riant . En se débattant, il saisit sa main et la garde dans la sienne un instant. Quelques secondes de trop . Suffisant pour qu'Olivia sente un frisson la parcourir, telle une décharge électrique allant tout droit jusqu'au c½ur.

-J'aimerais rester ici toute ma vie... J'ai l'impression de vivre un rêve éveillé... Murmure t-elle en regardant l'étendu de l'océan devant elle. Il fait si nuit qu'elle n'arrive pas à distinguer le bord de la mer, elle a l'impression que si elle se mettait à courir dans l'eau, en allant droit devant elle, elle marcherait vers l'infini. Ou dans le néant.

-Tiens... Alexandre est allé cherché sa chemise blanche qui reposait sur le sable, et la dépose sur les épaules nues d'Olivia.
-Oh merci, il ne fallait pas.
-Si, j'ai remarqué que tu frissonnais.

Elle tourne sa tête et observe le visage d'Alexandre: elle n'en a jamais vu de plus beau. Ses longs cils noirs sont comme maquillés, des gouttes d'eau perlent aux extrémités . Ses yeux verts la dévisagent avec une assurance désarmante. Ses cheveux sont indisciplinés, quelques mèches barrent son front. Une goutte d'eau tombe de son cil, et descend le long de sa joue, pour se finir sur ses lèvres pulpeuses. Elle suit le tout du regard, retenant sa respiration, comme si elle n'avait rien vu de plus beau. Ses yeux n'osent pas aller plus bas, car elle sait qu'elle verrait la beauté de son torse, bronzé et musclé. La perfection de son physique est telle qu'elle en serait presque une insulte. Malheureusement, se dit-elle, la beauté de son physique est à l'image de sa laideur intérieure .

-Olivia, murmure t-il. Il saisit une mèche de cheveu mouillée et la caresse du pouce. J'ai très envie de t'embrasser.

Elle se penche vers lui, de façon à n'être qu'à quelques millimètres de lui. Elle pose sa main tremblante sur ses pectoraux, plongeant son regard dans le sien:
-Depuis quand demandes-tu l'autorisation pour faire ce dont tu as envie?

Il esquisse un sourire amusé, et pose sa main sur son dos, remontant le long de ses hanches, lui arrachant un soupir.
-Tu as raison...

Il saisit du bout des doigts son menton, et approche sa bouche de la sienne...

-AH! ___________ Olivia se réveilla en sursaut, la respiration haletante . Elle resta quelques secondes immobile, prenant conscience au fil des secondes d'où elle se trouvait. Elle chercha aveuglement l'interrupteur, et alluma sa chambre. Elle se trouvait dans son lit, complètement déboussolée. Elle se rendit compte qu'elle était trempée, qu'elle mourrait de chaleur. Repoussant la moustiquaire, elle se leva en chancelant, et se rattrapa au meuble. Elle ouvrit la fenêtre en grand, et s'alluma une cigarette . Elle alla se passer de l'eau sur le visage, sans oser regarder son reflet dans le miroir. Croiser son propre regard, ce regard qui avait assisté à cette scène si étrange .


Tom


Mon c½ur bat à toute vitesse contre ma poitrine, témoin de ma nervosité, mais je n'en laisse rien paraître. Je me contente de remuer mon café froid en jetant des regards discrets du côté de la porte d'entrée de ce bar miteux. Je l'attends impatiemment, elle. Ange.
Rongé par la curiosité je me demande ce qu'elle a de si important à me dire pour me faire venir de Hambourg jusqu'à Paris .
Quelques secondes plus tard, une main manucurée d'ongles au vernis noir se pose en douceur sur mon épaule. Je sursaute malgré la légèreté de ce geste, et me retourne : la voila face a moi, souriante, les joues rosies par le froid glacial de ce mois de Février. Une petite robe, des bottes, un grand caban noir. Sublime, comme toujours.

Sans un mot, elle s'assied en face de moi et allume une cigarette.
-Je t'ai fait venir ici car c'est un des rares bars ou l'on peut encore fumer sans risquer de prendre une amende. Explique-t-elle en me voyant froncer les sourcils d'étonnement.
-Tu t'es mis des faux ongles ?
-Ouais, j'en avais marre, c'est pour m'empêcher de les ronger.

Elle me sourit, encore une fois. Je ne comprends pas ce changement de comportement à mon égard. Pour une fois, elle est agréable, joviale. Changée, dirais-je.
Nous arrêtons de parler et nous dévisageons quelques instants, en silence. Elle a ce regard pénétrant dans lequel j'aime tant plonger. Et défier. Mais si envoutant soit le mien, je cille faiblement, accordant un sourire victorieux à Ange. Oui mon Ange, tu as gagné. J'ai toujours été doué pour ce que l'on appelle les « combats de regard », mais tu es une adversaire digne de ce nom.
Contente d'elle, frôlant ma main de temps à autre, elle engage la conversation d'un ton enjoué. De la pluie, du beau temps, allègrement. Elle ne me parle pas pour me dire qu'elle a envie de moi. Il n'y a pas d'allusion sexuelle. Je la regarde bouche bée, buvant chacune de ses paroles. Je l'écoute me raconter ses dernières péripéties, sans comprendre ce qu'il se passe réellement. Si je suis en train d'assister à une métamorphose spectaculaire dans le personnage d'Ange ou si cela n'est qu'éphémère. Nous relatons certains bons moments passés ensemble cet hiver. Une atmosphère chargée de complicité s'est installée, je ne comprends toujours pas. J'ai bien peur de ne jamais la comprendre. Bien que ce changement m'inonde de joie, il reste inexplicable à mes yeux. Ange se tait après avoir gloussé à l'une de mes blagues, au passage tres comique. Un nouveau silence. Nous ne faisons rien d'autre que nous regarder dans les yeux, comme si un lien s'établissait entre nous. Invisible, mais puissant. Je suis fou de penser à une telle chose, après tout je ne suis pas de « ceux-là . »

-Tu sais, Bill faisait vraiment la gueule que je vienne à Paris ce soir.
-Ah bon, pourquoi ?
-Disons qu'il ne voulait pas rester seul ce soir sur Hambourg, mais bon je pense lui avoir trouvé une distraction. Je ricane en repensant à la fille au briquet.
-Ah... Et ça va toujours entre lui et Olivia ?

Je lève de grands yeux étonnés vers elle :
-Tu, tu n'es pas au courant ?
-De quoi ? Elle fronce ses sourcils, et se penche vers moi.
-Ils ont eu une dispute... comment ça se fait que Olivia ne t'ait rien dit ?
-Pour la même raison : je me suis moi aussi disputée avec elle.
- Jure ? Co...comment ça se fait ?

Elle lève les yeux au ciel :
-A cause de la dernière soirée, à Hambourg. Ce qu'il s'est passé. Mon attitude exécrable . Elle soupire. Enfin non, pas que pour la dernière soirée : pour mon comportement en général. La dernière fois, ce n'était qu'une fois de plus. Elle lève ses yeux vers moi, puis secoue la tête : Pfff, non laisse tomber.

-De quoi ? Tu allais dire quoi ? Mon ton se fait insistant, je ne peux refouler cette curiosité qu'elle a attisé avec ses mots.

Je ne sais pas ce qui me prend d'un coup, mais il faut que je le fasse, sinon j'aurai l'impression de ne pas avoir tout tenté pour l'avoir. Je SAIS que j'ai encore une chance. Son discours la dernière fois n'était que dans le but de me décourager, parce-qu'elle se refuse d'être aimée. Elle dit que je ne suis pas ce « lui » qui la fera changer, mais comment peut-elle le savoir sans avoir essayé ? Je pose donc ma main sur la table, pomme ouverte vers le ciel, et la rapproche d'elle. Elle n'a qu'un geste à faire. Prendre cette foutue main, ou l'ignorer, et je serai enfin fixé pour de bon. Ne plus jamais espérer, ou au contraire –hypothèse bien plus jouissive- ne plus jamais la lâcher.
Ange observe ma main avec un regard insondable. Elle n'esquisse aucun mouvement. Au bout de quelques secondes, ravalant difficilement ma fierté, je retire ma main et lui lance un regard noir :
-Je pensais que la dernière fois on s'était tout dit à Hambourg. Et visiblement quelques minutes plus tôt tu allais dire quelque-chose. Donc vas-y, fais le.

Je la détaille de haut en bas en la maudissant intérieurement. Et en me maudissant également. Idiot, idiot ! Depuis quand tu te laisses influencer ainsi par de prétendus sentiments ?

Ange se gratte la gorge, et remet sa mèche en place, s'apprêtant à prendre la parole.
-Oui en effet, c'est la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir te perdre dans ce café pourri. Hum... Je ne sais pas vraiment par où commencer. Alors je vais d'abord m'excuser...

-T'excuser de quoi ?
-D'être une menteuse.
-Une menteuse ?
-Oui.
-Explique-moi.
-Oui, s'énerve-t-elle, ça va donne moi deux secondes !

Je hoche la tête et me tais. Peut-être va t-elle me donner raison ? Ou va t-elle expliquer pourquoi ce changement de comportement subit envers moi?

-Bon, reprend t-elle, tu te souviens de la nuit de noël qu'on a passé ensemble ?
-Oui, je lui réponds dans un souffle.

Comment pourrais-je oublier cet instant magique, suivi de cette cruelle humiliation qu'elle m'avait fait subir?

-Tom, ce soir la, nous avons fait l'amour, ce que je t'ai dit après était... un mensonge. Un mensonge horrible, je suis désolée.

Je ne suis pas sur de comprendre, je reste silencieux, désireux de tout savoir, qu'elle m'ouvre son âme, qu'elle se dévoile enfin. Je ne préfère pas me faire de films, d'avoir un espoir de fou. Oui, attendons la suite.

-Tom, continue-t-elle, je ne sais pas si je suis amoureuse de toi. Je ne connais rien de l'amour, je ne sais pas ce que c'est, ni ce qu'on éprouve lorsqu'on aime. Mais je suis sure de ressentir quelque chose de fort... pour toi. Mais ça m'effraie. Donc j'ai préféré refuser tout cela. La dernière fois, à Hambourg, tu m'as ouvert les yeux, mais je refusais de l'admettre parce-que c'était trop ... inconnu pour moi. Mais tu as eu raison : tu as changé, alors pourquoi moi je ne le pourrais pas ?

Mon c½ur a fait un bond et s'est embrasé. J'ai chaud. Un feu s'est animé en moi, qu'aucun raz de marée ne pourrait éteindre. J'ai une soudaine envie de chanter, de voler comme un oiseau, et même d'embrasser le serveur crasseux qui n'a pas perdu une miette de notre conversation depuis son début. Non attends une seconde... Et si... ?

-C'est une blague Ange ? Je t'assure qu'elle est de mauvais goût.

A ces mots elle écrase brusquement sa cigarette à moitié consumée dans le cendrier et me lance un regard féroce.
-Ouiiii, bien sur Tom ! C'est caméra caché! C'est drôle hein? haha, fit-elle d'un rire sans joie. Putain j'y crois pas. Tu me reproches de ne jamais me dévoiler, d'avoir cette putain de carapace comme protection, et j'ouvre mon c½ur, et tu ne me prends pas au sérieux ! C'est désolant.

Elle se lève d'un bond sous mon regard ahuri, prends son sac et si dirige vers la porte d'entrée –de sortie en l'occurrence- du bar.

Mon temps de réaction est assez long, mais je finis enfin par reprendre mes esprits. Je repousse violemment ma chaise et me précipite vers elle. Je la retiens par la main. Elle se retourne. Même si je ne la connaitrai jamais comme je voudrais, j'ai compris certaines choses chez elle. Si elle est encore là, sa main dans la mienne, c'est qu'elle ne veut pas partir. Sinon elle serait déjà bien loin.
En douceur, j'écarte une mèche rousse qui lui tombe sur les yeux, et m'approche doucement, saisissant son beau visage entre mes mains. Je suis conscient d'avoir un sourire d'enfant qui doit sûrement me donner un air d'imbécile. Mais qu'importe, puisque cet imbécile là vit un bonheur inqualifiable en ce moment présent. Je me penche et lui donne notre premier vrai baiser. Celui qui se donne en plein jour. Celui qui se donne dans un lieu public. Celui qu'on se donne avec ardeur même s'il y a le barman affreux qui ne rate rien à la scène. Elle se desserre de mon étreinte et m'entraîne vers notre table où sont restées toutes nos affaires.
Elle recommence à parler, je me sens le c½ur léger, comme un poids qu'elle m'aurait enfin ôté et jeté du haut de son nuage. Elle pose sa main sur la table comme si de rien n'était, comme je l'avais fait tout à l'heure. Je la saisis.
Les autres n'en reviendront jamais. J'ai réussi à conquérir un Ange. Et désormais, cet(te) Ange est à moi, et je ne suis pas prêt à le laisser s'envoler.

# Posté le mercredi 01 juillet 2009 19:39

Modifié le mercredi 22 juillet 2009 16:46

Chαpitre 54 .Vincent Gury . « Lα déception ne vient jαmαis des αutres, eℓℓe n`est que le reflet de nos erreurs de jugement . »

Chαpitre 54 .Vincent Gury . « Lα déception ne vient jαmαis des αutres, eℓℓe n`est que le reflet de nos erreurs de jugement . »
Bill


Il est de ces fois où le temps me compte pas . Ou plus rien n'a d'importance . Les aiguilles peuvent avancer, je sais que ça ne va rien changer . Demain il fera beau . Demain c'est aujourd'hui. Il fait beau dehors . Mais c'est le froid à l'intérieur. Mon intérieur. Il pleut même, des fines gouttes, ou l'averse. Je ne sais plus . Il fait beau dehors, mais chez moi mon c½ur pleure. J'ai marché longtemps sous ce soleil qui perçait ces nuages, sous ce ciel gris devenu bleu . J'ai marché sans savoir où aller, mes lunettes de soleil sur le nez, à l'abri des regards indiscrets . Rien n'a changé . & tout à la fois. Il est troublant de s'apercevoir que sans nous la terre continue de tourner, la vie d'avancer . J'ai eu beau me cacher derrière ces murs, m'emmitoufler sous ces draps, garder porte close, la vie a continué au dehors . Sαns moi. Il est troublant de se rendre compte que le monde n'a pas besoin de moi, que la célébrité n'est qu'un mensonge que les humains ont inventé . Un parmi tant d'autres. Un grain de poussière. Un piédestal en carton. J'ai eu beau m'isoler du reste du monde il n'a pas eu besoin de moi pour que les aiguilles défilent à toutes vitesse, pour continuer sa route à cent à l'heure, pour que je me retrouve ce lendemain, encore et toujours perdu, pour que je me réveille et que je m'aperçoive qu'au fond, rien n`α changé .

Je me suis cloitré hors du temps, hors de ma vie d'avant l'espace d`un instant, mais pourtant si le reste du monde a poursuivi sa vie, moi, j`en suis toujours au même point: Seul & déboussolé.

Tomber pour ne plus se relever.

On n`y échapperα pαs. Pαs même au hαsαrd.


En vertu du rêve de la nuit précédente, Olivia demeurait silencieuse, de peur que ses mots ne trahissent son désarroi . Si toutefois l'expression de son visage ne l'avait pas déjà fait .
Elle se sentait troublée. Non pas par Alexandre, mais par ces raisons inconnues qui l'avaient amené à faire ce rêve . Elle n'y trouvait pas d'explication. Celle-ci était enfouie au plus profond de son inconscient, refoulée.
Si Alexandre avait remarqué le silence habitant Olivia, il eut la courtoisie de n'en rien laisser paraitre. Il n'espérait aucune confession de sa part, mais à son insu, certains de ses gestes l'avaient fait d'eux-même. Langage de son inconscient, de simples détails, des gestes minimes, mais qui avaient néanmoins attiré l'attention d'Alexandre. De nature observateur, il avait noté la façon dont elle se mordait les lèvres, rejoignait ses mains pour les tordre, dont elle trébuchait ici et là par manque de concentration.
Alexandre sourit intérieurement . Il sortit son zippo de la poche intérieure de sa veste, et s'alluma une cigarette .

-Tu en veux une ?

Olivia sursauta et tourna la tête vers lui :
-Oui je veux bien, merci.

Elle cessa de marcher, et observa la main tendue vers elle . La seule pensée qui lui traversa l'esprit fut de prendre garde de ne pas avoir de contact physique avec lui, comme effleurer sa main par méprise.
Heureusement pour elle il n'en fut rien et ils reprirent leur chemin à nouveau plongés dans leur mutisme.

*

Adam .

-J`ai besoin de ma dose . Oui là tout de suite, maintenant . Non Adam, je ne parle pas de la même que toi tu prends, c`est fini pour moi tout ça. Je te parle de la dose d`adrénaline, d`aventure, de frissons. Parfois il ne suffit pas de croiser les bras et d`attendre . Il faut provoquer le cour des choses.

-Si tu le dis Ange... Je finis de tartiner ma baguette et repose le beurre sur le plan de travail . Quand tu auras terminé de me raconter ta vie, tu me laisseras peut-être te parler ?

Ange cesse de remuer sa tasse de thé et lève ses grands yeux bleus vers moi :
-Quoi ?
-Le pire est arrivé . Demain après-midi ton père et ma mère rentrent au bercail.
-Hein ?
-OUI ! Ils reviennent des USA et rentrent à Paris, ma mère m`a envoyé un texto pour prévenir !
-Mon dieu ! Ange subitement se redresse et me lance un regard effaré : Mais attends tu me le dis maintenant ? Pourquoi tu restes la, tout calme ? QUATRE mois Adam qu`on est seuls ici, libres de nos propres actes, QUATRE MOIS ! Et demain finit tout ça ! On doit ABSOLUMENT tout nettoyer, cacher tous tes truc illicites... MON DIEU !

Elle saute de son tabouret et sort de la cuisine en courant, sous mon regard amusé . Pendant que je l'observe faire des allers-retour entre la cuisine/le salon et sa chambre les bras chargés de sous-vêtements osés, de paquets de cigarettes et de bouteilles vides, je sors une feuille a rouler, le tabac, puis mon briquet pour effriter .

-Mais Adam ! S`exclame t-elle d'une voix hystérique qui perce mes tympans. Mais bouge tu veux ? Va aérer ta chambre un peu, tes rideaux sont imprégnés de fumée ! Change tes draps pleins de je-ne-sais-quoi, et enlève moi les capotes qui trainent sur le sol !
-Relax... je tire sur mon joint, en observant ma demi-s½ur de haut en bas . Appelle tes petits copains, parce-que ce soir c'est fiesta frangine.
-Qu...uoi ? Les parents qui rentrent demain c`était une blague ? Elle lâche le bouquet de fleur séchées sur le sol .
-Non, non . Juste histoire de profiter une dernière fois de notre liberté, petite fête ce soir...
-Mais t`es fou Adam, tu rêves ! Pour foutre encore plus de bordel ?
-Ils rentrent demain après-midi ! On met le réveil a midi, on appelle une entreprise de nettoyage, et hop, ni vu ni connu...
-Hors de question que tu m`entraines dans ton plan foireux... elle hausse les épaules et fait mine de s`éloigner .
-Attends ! Regarde moi et jure moi que tu n`as pas envie d`être la Ange que je connais ce soir ? La voila ta dose !

Elle cesse de marcher, et se retourne vers moi d'un sourire espiègle . Je cesse de bouger et l'observe s'avancer vers moi . Elle frôle ma joue de son index, et dérobe le joint se trouvant entre mes lèvres pour le poser entre les siennes . Elle tire dessus, crache de la fumée, et me le tend a nouveau :
-Merci, murmure t-elle dans mon oreille puis dépose un baiser sur mes lèvres .
-File appeler du monde pour ce soir, coquinette ! Je lui administre une légère claque sur les fesses.

____ Je pourrais trouver les mots . Avant du moins .

J`écrase le joint dans le cendrier en pensant à tout ce que l'arrivée de ma mère va bouleverser dans ma vie. Toutes ces habitudes que je vais devoir changer, toutes ces concessions que je vais devoir accepter .
Je ne bouge pas, observant de mes yeux froids le responsable de celui que je suis devenu . Un léger rayon de fumée s`en échappe encore. Puis cette poudre blanche .


Je ferme les yeux . Je me vois déjà devant ma mère. Je l`écouterai me parler, attendant que le bon sens me revienne . Comme un tout . Je m`exprimerai de façon biscornue, tentant d`échapper à ce brouillard dans lequel je me suis volontairement mis . C`est la faute de cette drogue, c`est elle qui me l`a volé ! Mon ancien moi, celui que j'étais il n'y a pas si longtemps que ça au bout du compte . L'Adam n`étant plus que l`ombre de lui même désormais . C`est comme mon dernier souffle . Chaque bouffée, chaque rail, empoisonnant mon être, mes sens perdant leur place, mon esprit se vidant, rentrant dans une bulle intemporelle . La Terre pourrait bien s'arrêter de tourner que je ne m'en apercevrais pas. Les mots de ma mère empliraient mon crane, résonnant en écho, et moi je tenterai vainement de lui répondre .

Je ne peux pas accueillir ma mère dans cet état . Quelle voit ce que je suis devenu . Pire que celui que j`étais avant son départ. Des ce soir j`arrête, définitivement .

Alors peut-être que je pourrai me retrouver moi-même .


Rien en toi n`est typique,
Rien en toi n'est prévisible .


Tu ne sèmes que de la confusion en moi . __Qui penses tu que je suis ?
Je connais ton jeu, ne te méprends pas .
Si atypique, si différente, si contradictoire tu es,
N`oublie pas que je suis pareil .

Il n`y a qu'avec toi que je suis moi-même.
Parce-que je sais que tu ne me laisseras pas tomber .

*___*
*

-Tant qu`on a de l'argent, autant en profiter, vociféra Bill en refermant le clapet de son portable et en inspectant le visage de Georg et Gustav . Alors ? J'attends une réponse !
-On va faire quoi exactement a Paris ?
-On rejoint Tom et on va à une grosse soirée, je te l'ai déjà dit.
-J'sais pas trop, marmonna Gustav.
-Allez ! On va faire quoi à Hambourg ? Si vous avez un meilleur plan dites le moi, je serai ravi de l'entendre...

Georg écarta une mèche de son visage et croisa les bras, affichant un air dubitatif :
-Mouais, bon... Moi c'est juste que j'ai la flegme de préparer mes affaires et de prendre l'avion... Mais bon d'un côté j`ai envie de vérifier de mes propres yeux si le couple « Tom/Ange » est VRAIMENT réel.
-Bon ben direction Paris alors... conclua Gustav d`un ton pose qui contrastait avec la joie qui éclaira le visage de Bill.


*

Ce n`était pas une soirée comme les autres qui s`annonçait . On pouvait le sentir .
C`était dans le coucher de soleil, dans les derniers rayons de soleil perçant les nuages et qui donnaient ce délicat dégradé de rosé et d'orange et formaient cette étrange clarté . C'était dans l'air, dans le vent, dans l'odeur de la capitale . C`était dans la façon dont Ange s'appliquait du mascara en veillant à ne pas croiser son regard dans le reflet du miroir . C'était dans la manière dont Adam ajustait sa bretelle sur son épaule tout en s'efforçant d'ignorer le paquet de feuilles à rouler posé sur la table basse . C'était dans le sourire innocent qu'arborait Tom continuellement depuis la veille, la façon dont il marchait dans la rue, le menton relevé, avec cette tête de vainqueur . C'était dans la façon dont Bill s'était arrêté inconsciemment à l'aéroport devant l'affichage des vols pour la Grèce . C'était dans la démarche assurée d'Alexandre et le regard dans le coin qu'il lançait en direction d'Olivia . C'était dans les soupirs exaspérés de cette dernière et le rictus dessiné sur ses lèvres .

Ce soir était un soir différent .

Ils le sentaient, ici et là, tout autour d'eux . C`était dans l'air, c'était en eux . Tel un pressentiment .

*

Avec le décalage horaire, pendant qu`en France les autres se préparaient pour la soirée, Olivia était toujours dans la jungle en train de suivre Alexandre . Il cessa tout à coup de marcher et Olivia lui rentra dedans . Il s'excusa distraitement, elle lui jeta un regard noir en guise de réponse .
Ils étaient a présent face à l'océan . Là ou le sable est blanc, là ou l'eau est si claire que l'on peut en voir le fond et les poissons nager .
Ils marchèrent silencieusement et s'arrêtèrent à la limite ou le sable était encore sec pour observer la vue .

-C'etait là ou tu voulais m'amener? C'est magnifique mais on a cette même vue depuis nos bungalow...

Alexandre se tourna vers elle :
-Non non... Il faut aller là vers la droite –il pointa la direction de son index- on marche dix minutes, puis on doit escalader un peu, passer au dessus de la barrière « Interdit d'accès » et là on arrive dans une crique absolument fabuleuse . Pas encore envahie et délabrée par l'espèce humaine. Un petit paradis .

*

-Comment me trouves tu alors ?

Adam se tourna vers sa s½ur : elle avait troqué ses tenues provocatrices pour une robe vaporeuse, ni trop courte, ni pas assez. Des perles nacrées en guise de collier et de boucles d'oreilles, des escarpins blanc chaussés à ses pieds minuscules, et elle avait relevé sa crinière de feu au dessus de la nuque pour perfectionner le tout .

-Waouh, laisse enfin échapper Adam qui jusque là était resté bouche-bée. Tu es classe, élégante.
-Merci.
-Attends, il la rattrapa par la main et l'entraina vers lui . Il y a un truc qui ne va pas...
-Quoi donc ? Elle s'assit sur ses genoux.
-Ta tête .
-Haha mort de rire . Elle planta son index dans son ventre, et il riposta en lui ébouriffant les cheveux.
-Ah idiot ! Ma queue de cheval !
-Attends, chut ! Il posa son index sur la bouche d'Ange . Ecoute... quelqu'un toque a la porte, non ?
-Ah oui ! Déjà ? Ange se remit sur pied, lissa sa robe, ajusta ses cheveux, et se dirigea vers la porte d'entrée pour l'ouvrir.

-Hello ! Tom lui tendit un bouquet de fleur, tout sourire .
-Toooooom ! Merci ! Elle se jeta dans ses bras et l'embrassa à pleine bouche .
-Heu... coucou . Il cessa de rester les bras ballants et les passa autour de la fine taille d'Ange .
-Bref, vous bouchez le passage, on va pas rester cent ans sur le perron. Et sans ménagement Bill les poussa pour passer. Il stoppa net à la vue d'Adam .

-Bienvenue dans mon humble demeure, fit celui-ci en les accueillant avec un grand sourire.
-Salut, dirent d'une même voix Georg et Gustav en lui serrant la main tour a tour .
-Alors comment vas tu Bill ? Lui demanda Adam en posant sa main sur son épaule.
-Bien, répondit-il sans chercher a masquer sa confusion devant la gentillesse subite d'Adam à son égard.
-Bon asseyez vous tous ! S'exclama Ange d'un ton guilleret . Je vais chercher à boire !
-Alors c`est ça ta « grosse soirée » Bill ? Fit Georg d'un ton sarcastique .

Bill s'apprêtait à rétorquer mais Adam l'interrompit d'un signe de main :
-Il est quelle heure ? Vingt heures ? Les autres mangent... Vous croyiez quoi, que ça commençait à seize heures ? C'est finit les boum du collège ouh ouh ! Il faut attendre dans les vingt-deux heures...
-Comme ça on a tout le temps pour prendre l'apéritif avant !

Ange déposa les verres à pied noirs sur la table et les deux bouteilles de blanc et de rosé .
-Je vais mettre un peu de musique... Adam saisit la télécommande et visa derrière Gustav . MGMT, voila qui est bien mieux ...
-Je suis tellement contente que tu sois la, murmura Ange en massant la nuque de Tom et en affichant un grand sourire .
-Vraiment ? Il se redressa, étonné .
-Bien sur que oui, gloussa t-elle en frottant son nez contre le sien .

Bill roula des yeux, Georg manqua de s'étouffer avec son vin, Gustav toussota .

-Nan mais regardez les s'ils ne sont pas mignons, ricana Adam en pointant de son verre le couple assis en face de lui . Je propose que l'on trinque en leur honneur : à Ange et Tom !

Il croisa le regard d'Ange et lui fit un clin d'½il .

-A ANGE ET TOM ! S'exclamerent-ils tous ensemble en levant leurs verres .

Heu ?

*

-Allez, saute !
-Non ! C'est beaucoup trop haut et étroit : imagine je m'écrase sur un rocher !

Alexandre soupira et nagea pour regagner le bord et s'agripper sur une pierre incrustée de corail .
-D'accord, reste tout là haut de la falaise et regarde moi nager comme un dauphin dans l'océan . Dommage, je t'imaginais bien en train de bronzée sur le rocher plat a ma droite...
-Rooo, tu es doué pour manipuler tu sais... Elle rabattit sa chevelure dorée en arrière . On peut laisser nos vêtements comme ça sur le sol, ça ne craint rien ?
-Mais non ! Allez... saute .

Subitement Olivia pensa à leur chanson qui disait justement le contraire . De ne pas sauter .
Alors, elle se pencha pour évaluer la hauteur, la puissance des vagues s'écrasant sur les rochers, le visage d'Alexandre tourne vers elle, elle pinça son nez, et plongea dans le vide.
Elle rejaillit de l'eau aux cotés d'Alexandre, les yeux écarquillés, le c½ur battant à tout rompre comme après un manage a haute sensation .
-Alors ?
-Alors c`était le septième ciel.
*

-Boris, je voudrais te présenter Tom, mon petit-ami . OUI, mon copain ...
-Et oui j'ai un petit-ami : Tom.
-Voila mon petit-copain : Tom-Jordana, Jordana-Tom.
-Tom, viens, j'étais en train de leur parler de mon nouveau petit-ami !




___ Plus tard .


-Ange, arrête ça de suite ... Adam empoigna sa demie-s½ur par le bras et l'entraina à l'écart .
-De quoi? Gloussa t-elle en fuyant son regard.
-Tu joues à quoi là?
-Je ne vois pas de quoi tu parles.
-Bien sur que si. Je te parle de ton attitude: depuis quand tu es comme ça avec un mec?

Ange afficha un air sérieux et prit les mains d`Adam dans les siennes.
-Avant que je ne sois en couple avec Tom, tu ne m'avais jamais vu avec quelqu'un, j'ai toujours papillonné de gauche à droite. Je ne sais pas vraiment comment fonctionnent les couples, donc j'essaie de me comporter comme une petite-amie, de prendre exemple sur les autres. Il n'y a pas de mode emploi à ça...
-Mais pfff arrête toi un peu! Il la repoussa et la toisa de haut en bas. Comporte toi naturellement un point c'est tout ! Je sais que ça doit être difficile de passer du statut salope à petite amie bien sage, mais ne deviens pas la nunuche de service, tu te ridiculises et moi avec!
-Ah c'est donc ça! Je me disais : Adam pense à quelqu'un d'autre que sa petite personne? Mais non, il a juste peur que je lui foute la honte devant sa bande d'amis! Je croyais que tu avais passé l'étape "je me souci de ce que les autres pensent de moi"?

Adam soupira avec dédain et approcha son visage a quelques centimètres de celui d'Ange, et lui souffla:
-C'est ton esprit contradictoire qui te pousse à dire ça, mais je sais qui tu es au fond, ne l'oublie pas. Tu le sais aussi, je connais ton petit jeu. Tu verras par toi même que j'ai raison.

Il rouvrit la porte, prêt a rejoindre la fête qui avait continué sans eux .

*

-Je vais te faire perdre la tête tu sais .
-Et toi c'est tes habits que tu vas perdre si tu continues comme ça... répondit Adam en passant sa main le long de sa cuisse, remontant sa jupe.

Tout le monde éclata de rire . "Mais quel loveur cet Adam", ricana l'un de ses amis en lui balançant sa cigarette terminée sur la tête .

-Tiens Adam, c'est à ton tour de tirer dessus.

Il regarda l'objet que tenait entre ses doigts la fille sur ses genoux: un joint. Il avala difficilement sa salive et tourna la tête pour ne plus avoir la tentation dans son champs de vision.
-Non merci, dit-il la gorge nouée.
-Quoi quoi? Adam tu refuses un joint? Il va neiger! Qu'est ce qu'il se passe?
-Je suis clean mec maintenant .

Il repoussa la fille et se leva, chancelant . Il jeta un regard autour de lui: sur la table des bouteilles d'alcool étaient posées de partout, des cendriers remplis de cigarettes et autres substances, des gobelets vides sur le sol, Marc qui devait sans doute distribuer des pilules dans le coin. Il eut la sensation de voir le tout se multiplier, puis devenir flou. Comme si le décor vacillait tout autour de lui .

Il repoussa la même fille qui continuait de s'agripper à son bras, et quitta la pièce. Voila plus de deux ans qu'il n'avait pas passé une seule soirée sans être défoncé, bourré ou quoique ce soit d'autre . En étant clean. Sain. Normal .
Il ne savait plus comment s'amuser sans tout cela. Sans alcool ou drogue. Tout paraissait plus triste, sérieux... la dernière fois qu'il s'était autant ennuyé lors d'une soirée c'était à Hambourg avec Olivia et le groupe . Maintenant que sa mère était revenue et qu'il avait pris la résolution d'être clan, chaque soirée allait-elle être semblable? Horriblement ennuyante? Un calvaire? Un supplice? Se sentant tel un automate inutile? Ou allait-il apprendre de nouveau à s'amuser sans artifice, ni tricherie? Comme toutes personnes normales?

Il déglutit: il envisageait cela impossible.

Quelqu'un lui rentra dedans et lui renversa son verre sur sa chemise à carreaux: il crut qu'il allait tuer cette personne.

-Putain mais c'est pas vrai!

Ses yeux lancèrent des éclairs: Ange afficha un large sourire.

Ce sourire de personne qui a trop bu, qui sourit a tout. Qui sourit à la vie: bêtement, niaisement . Mais qu'est ce que sourire lui manquait.
Celui-ci tout particulièrement .

-Pourquoi toi tu bois et pas moi?
-Parce-que tu es le grand frère, le responsable, hi hi .
-Tu n'en penses pas un mot .
-Parce-que.... heu... poursuivit difficilement Ange en mâchant ses mots et en approchant son visage du sien: elle sentait l'alcool.
-Je vais sur le balcon .

Il l'écarta de son chemin et la laissa chercher encore ses mots. Elle se rendrait compte de son absence d'ici une minute ou deux et éclaterait de rire devant sa propre bêtise. Ou pas. Qu'importe. Il ouvrit la porte de la véranda, et alla sur le balcon, qui donnait vue sur le 16ème arrondissement . L'air de Paris était plutôt frais, mais acceptable pour un mois de Février. Il soupira: demain était un autre jour. Demain était un nouveau départ. Demain il serait une nouvelle personne. Demain il se retrouverait . Demain il cesserait de n'être que l'ombre de lui même. Du moins, il l'espérait . Il leva les yeux et observa le grand ciel noir: y a t-il de mal d'avoir un peu d'espoir? De tenter de croire en soit, même si on avait laissé cela de coté depuis longtemps? Non, rien de mal à cela. Il allait changer, oui. S'en remettre. Petit a petit. Arrêter cette addiction. Demain. Un autre . Jour .



*

La copine de soirée d'Adam se sentant honteusement repoussée par lui, se dit qu'il fallait qu'elle regagne sa dignité le plus vite possible. Adam pouvait allait se faire foutre. Elle ne savait pas pour qui il se prenait, mais il ne devait pas lui non plus oublier qui ELLE était. Elle se servit un autre verre, et partit à la recherche d'une proie. Quand Adam rentrerait de nouveau à l'intérieur, il devrait la prendre sur le fait. Frapper là ou ça fait mal. Avec qui de ses amis cela le rendrait le plus jaloux? Gaspard? Lionel?

Juste là. Ses yeux le dévisagèrent: lui, personne d'autre ne pourrait mieux faire l'affaire.

Elle descendit sa robe de façon à montrer davantage son décolleté et s'avança vers sa nouvelle victime .

*


Bill observait les glaçons de son verre vide, les faisant tournoyer au dessus de sa tête . Il avait bu deux verres de malibu-coca et pourtant il n'en sentait aucun effet . Georg était en pleine conversation capillaire avec un ami d'Adam, et Gustav jouait au billard avec d'autres personnes. Bill lui était avachi sur le canapé, seul avec lui-même. Il soupira une nouvelle fois, et regarda l'heure à sa montre: une heure du matin. Seulement.

-C'est donc toi le leader du groupe, fit une voix mielleuse sur sa gauche.

Bill releva la tête: une fille en robe de soirée juste en dessous des fesses et au décollette plongeant le dévisageait d'un grand sourire. Il écarquilla les yeux, et se redressa.

-Heu, oui c'est moi.
-J'adooore les musiciens tu sais... Elle s'assit sur l'accoudoir du fauteuil et passa sa langue sur sa lèvre supérieure pourvue de gloss.

Bill se tortilla sur le siège, et se racla la gorge:
-Ah bon? Fit-il, en levant un sourcil étonné. Comme si c'était la première fois qu'on lui disait.
-Tu n'as rien a faire ici tout seul... viens avec moi, elle lui tendit la main, il l'observa d'un air dubitatif.

Tu dois t'amuser, pensa t-il.

-D'accord.

Il se laissa guider à travers l'appartement, observant cette jeune fille blonde aux jambes interminables.

-Viens. Un souffle dans son oreille. Un parfum caressant ses narines. Il se laissait guider, tel un petit garçon qui ne savait pas prendre de décision et qui laissait les autres le faire à sa place. Le son electro tapait à ses oreilles, pan pan pan, d'une telle façon qu'il avait l'impression qu'ils marchaient au rythme des pulsations. La jeune fille ouvrit une porte vitrée, il rentra dedans la pièce sans vraiment faire attention. Elle se tourna vers lui, bougeant ses fesses aux rythme de la musique, secouant ses cheveux, ou ses épaules, toujours avec ce même sourire qui laissait deviner ses intentions. Elle passa sa robe par dessus sa tête, Bill sentit ses entrailles se nouer. Mais que faisait-il?



Ils étaient dans une ruelle, ils avaient couru, en chantant, en criant, en s'embrassant, en buvant, en rêvant, en vivant. Il se souvenait encore du rire d'Ange, du bruit de ses talons sur le sol, de sa main dans la sienne qui glissait à mesure qu'il accélérait l'allure. Son souffle s'était accéléré, son c½ur s'était mis à battre plus fort, il avait sentit l'euphorie lui monter à la tête. Il ne savait pas pourquoi ils se trouvaient à présent une dizaine dans cette ruelle, se tordant le ventre à force de rire. Il ne savait même pas pourquoi il riait. Tout lui donnait envie de rire: que ce soit Marc qui venait de vomir derrière la poubelle, la course qu'ils venaient de faire, le soutien-gorge qui dépassait de la robe d'Ange, la vieille femme qui venait de crier de faire moins de bruit par la fenêtre du cinquième étage. Il avala une nouvelle gorgé du vin blanc et s'en renversa sur son baggy. Ange ricana en se moquant de lui, il la poussa gentiment mais celle-ci tomba en arrière, et atterrit sur le sol sous les éclats de rire. Elle plongea son visage dans ses mains, et eut un hoquet à force de rire.

-Désolé... toujours ce grand sourire aux lèvres il lui tendit sa main pour la relever mais Ange lui donna un coup en échange. Elle s'accroupit, et remonta sa robe aux dessus des hanches.
-Tournez vous! cria t-elle. Et elle se mit à faire pipi sous les regards consternés des spectateurs. Mais dans quel état je suis, se dit-elle, en s'efforçant de garder l'équilibre. Elle devait se concentrer pour ne pas mouiller ses pieds, ou s'étaler sur le sol. Que la nuit était belle, que son c½ur était léger.

Tom courrait à nouveau, mais cette fois-ci sur les Champs-Élysées. Une voiture klaxonna, ils crièrent et lui firent des signes de la main.

-Plus vite, lui murmura Ange à l'oreille. Il accéléra le pas, les autres gagnaient du terrain.
-Allez, allez!

Ange sur son dos, ils étaient en tête de la course, et se devait de conserver l'allure. Les lumières des magasins, l'odeur de la ville, le bruit des voitures, tout semblait déployé et lui donnait l'impression de voler.

-Come ooooon!

*

Ils étaient dans le jacuzzi. Heureusement il ne se trouvait pas seul avec elle, d'autres personnes étaient venus les accompagner. Il entendait les rires autour de lui, les blagues fuser, mais il n'arriver pas à rentrer dans le délire. Comme s'il était ailleurs. Il soupira et passa la main dans ses cheveux. Ou était Tom? Et les autres?


Adam plissa les yeux et croisa ses bras. Ainsi elle croyait le rendre jaloux parce-qu'elle se trouvait avec Bill dans le jacuzzi? Pauvre fille, pensa t-il avec dédain. Il esquissa un sourire dans le coin en observant ses tentatives désespérées pour que Bill cède à ses avances: quand elle l'éclaboussa pour entrainer un jeu entre eux, les mots doux qu'elle lui glissait à l'oreille, les caresses qu'elle lui faisait sur l'épaule, et le comble: lorsqu'elle enleva son soutien gorge et se retrouva seins nus face à lui.

-Alors comme ça on s'amuse sans moi? Il ricana en observant les visages tournés vers lui. Il jubilait de son "pouvoir": pourquoi le regardaient-ils comme si ce qu'il avait à dire avait une quelconque importance? Il déboutonna un à un les boutons de sa chemise, dévoilant son torse musclé. Il lorgna sur le corps chétif et blanc de Bill et se demanda interieurement comment OSAIT t-elle croire que ÇA pouvait le rendre jaloux. Il espérait qu'Alexandre faisait de son mieux de son coté, mais bon si Olivia trouvait Bill à son gout, cela donnait un aperçu sur l'étrangeté de ses goûts en matière d'homme.

Si on pouvait appeler Bill un homme bien sur .

*

___Le lendemain.


Quel était ce bruit? Était-ce une sonnerie de téléphone, qui résonnait à des kilomètres de là? Des coups contre la porte? Tout n'était que brouillard, il ne savait plus où il était. Le bruit devenait persistant, de plus en plus intense. Il se rapprochait.

Adam ouvrit les yeux d'un seul coup. Donnant vue sur le plafond. Il cligna plusieurs fois des yeux, le temps de prendre conscience de là où il se trouvait, d'émerger totalement de son sommeil. Il frotta son visage, et sentit quelque chose de chaud coller sur sa joue. Il leva sa main: elle était pleine de chocolat. Son visage se fendit d'une grimace de dégout, il regarda autour de lui et se rendit compte qu'il n'était pas dans sa chambre, mais dans le salon. Mais que faisait-il là ? Quel jour était-il?

BOUM BOUM BOUM.


Le c½ur d'Adam s'accéléra, et il sursauta du canapé. Il se trouvait dans son salon, les fesses trempées par une bouteille de bière renversée sur le canapé là ou il s'était assoupi, dans un décor digne d'un champs de bataille.
BOUM BOUM BOUM.


Adam crut défaillir, enfin les neurones se remirent en place, son cerveau fonctionna normalement et il put comprendre qu'il était dans le pétrin. Il sentit la panique l'envahir, le stress lui donna le vertige, ses mains devinrent moites. Il sentit son tee-shirt et grimaça devant sa puanteur. Il le passa par dessus sa tête, et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il vit un soutien-gorge en tomber. Il chercha des yeux sa propriétaire et la trouva sur le fauteuil. Il se précipita sur elle, et la secoua sans ménagement.

-Hein? Fit-elle en se réveillant en sursaut.
-Enfile ça de suite et cours te cacher dans ma chambre! Sa voix tremblait de panique, de trop peu de sommeil, de trop plein de tout.

-J'arrive! Cria t-il enfin.

L'air effaré, il jeta un regard rapide autour de lui pour faire état des lieux: inutile de courir à gauche à droite pour tenter de ranger avant qu'il ne voient les dégâts, c'était peine perdu. Trainant les pieds comme un condamné à mort, il se dirigea vers le couloir. Une fois face à l'immense porte d'entrée, il sentit un frisson glacé parcourir sa colonne vertébrale. Il inspecta son reflet rapidement dans le miroir: nu à l'exception d'un caleçon, les cheveux en bataille, les yeux rouges, il faisait peur à voir.

Il souffla pour évacuer la tension qui occupait son corps et pour ralentir le rythme cardiaque de son c½ur, et sa main se posa sur la clef de la porte d'entrée. Il la tourna vers la droite, une fois, deux fois.... clac. La poignée s'abaissa, et la porte s'ouvrit.

-Coucou! Dit-il à sa mère d'un sourire forcé masquant sa nervosité.
-MON FILS! Je suis contente de te voir, viens là que je....

Les mots se perdirent dans sa bouche, ses yeux s'agrandirent à mesure qu'ils se posaient tour à tour sur les cigarettes, les bouteilles vides dispersées sur les meubles ou le sol.

Et ce n'était que le couloir.

Le père d'Ange garda le silence. Il se contenta d'avancer dans l'immense appartement d'un air inexpressif, comme s'il ne réalisait pas où il se trouvait ou qu'il s'attendait à ce que sa fille sorte du décor en criant "surprise".

-Et bien... Adam lâcha un rire nerveux, se tourna vers sa mère et lui ouvrit ses bras tout en souriant: heu... bienvenue?

*


-Et ainsi va la vie! Les plus faibles chutent et les ambitieux s'élèvent...
-Laisse moi deviner.. tu ne t'inclues pas dans les faibles, n'est ce pas?
-Olive, arrête de jouer la sarcastique avec moi, je sais que tu me veux. Alexandre abaissa ses lunettes rayban wayfarer et lui adressa un clin d'½il.
-Ça, c'est une autre histoire! Elle se releva de son transat sèchement.
-Attends, il la retenu par le bras, je plaisantais.

Elle l'observa d'un air suspicieux, ne sachant s'il était sincère ou pas.

-Quoiqu'il en soit nous sommes absolument incompatibles toi et moi, tu représentes tout ce que je déteste: rempli de préjuges, imbu de ta personne, méchant...
-Stop stop stop... je n'ai pas dis que tu étais amoureuse de moi, je connais très bien tes sentiments pour l'autre gringalet, tu peux me trouver détestable tout ce que tu veux, ça n'empêchera pas le fait qu'il y ait de l'électricité entre toi et moi.
-Pfff, elle haussa les épaules et commença à s'éloigner de lui.

-Ne le nie pas, les faits sont là! C'est HOT entre toi et moi baby !

Il éclata de rire lorsqu'elle fut hors de vue et se pencha pour récupérer son I-phone sur le sable: il fallait qu'il raconte à Adam... Il s'amusait comme un petit fou, et qu'est ce qu'il aimait ça .

-Allo?
-Oui ma poule c'est moi!
-Oui Alex, c'est pas trop le moment là...

Alexandre fronça les sourcils: la voix d'Adam semblait bizarre. Il se redressa:
-Qu'est ce qu'il se passe? Tu as un souci?
-Non non... attends. Un grésillement se fit entendre. Oui c'est bon je peux parler maintenant, je suis enfermé dans la salle de bain. PUTAIN MEC C'EST LA MERDE!
-Quoi? Mais raconte!
-Hier on a fait une fête à la maison avec Ange, genre l'orgie tu vois comme on a l'habitude de faire.
-Dire que j'ai manqué ça...
-Et les parents rentraient aujourd'hui, et je ne me suis pas réveillé! Ni Ange! Ils ont débarqué, la maison était sans dessus-dessous, t'aurais vu l'état mec! Le malaise! Ma mère s'est bizarrement pas trop énervée, je pense qu'elle a dû prendre ça comme un message sous-entendu pour leur dire qu'ils n'étaient pas assez présent à la maison, mais bon reste qu'on est interdit de sorties là... Il chuchota: la bonne blague. Déjà que j'ai renoncé à l'alcool et les joints...

Ça faisait trop d'informations à assimiler d'un seul coup. Alexandre garda le silence quelques secondes pour faire le point.

-Et attends, Bill était à la soirée? Il se sent comment?
-Je ne suis pas au courant de tout mais je sais qu'une ex à moi l'a branché, je sais pas du tout s'il s'est passé quelque chose entre eux, mais bon je te tiens au courant! Et toi avec Olivia, ça avance?
-Mmm... disons que ça progresse petit à petit. Mais je le sens bien, il ricana.
-J'ai confiance, je sais que tu es le meilleur pour ça... et tu attaques quand la phase de... attends. Quoi?

Adam semblait parler à quelqu'un d'autre. Alexandre soupira et leva les yeux au ciel, impatient.
-Écoute je dois y aller, reprit Adam quelques secondes plus tard. Profite bien!

Ayant raccroché, Alexandre plissa des yeux, le regard perdu face à la mer. Il était à présent temps de passer à la phase supérieure de leur plan .

# Posté le lundi 26 octobre 2009 11:00

Modifié le lundi 26 octobre 2009 11:13